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La Lettre N°2 (Juin-Juillet 2005)

 

Editorial
Société : Non-respect des droits élémentaires dans les prisons
Effervescences dans l’enseignement supérieur
Politique : Laïcité « à la malgache » ou théocratie ?
Propagande : Interfrance media
Economie : Aspects du problème du riz.
Association : Les 4èmes Assises nationales de DRV
Le prophète et le président, de Raharimanana
Billet d’humeur

Editorial

Le Consortium de Solidarité avec Madagascar (CdSM), fédère toutes les associations et personnes physiques soucieuses du développement harmonieux de Madagascar, qui le souhaitent. Le CdSM privilégie dans sa forme d’intervention la solidarité avec la Société Civile Malgache. Celle-ci, appuyée sur des milliers d’associations ou d’ONG, dans toute la grande Île est entrée dans un processus de structuration qui doit se terminer dans la semaine du 20 au 24 juin 2005 par une Convention nationale à Antananarivo. Nous souhaitons aux conventionnels de bonnes réunions de travail et l’adoption de documents utiles à tous : Plate-forme, charte et orientations stratégiques. Tous nos voeux.


Société : Non-respect des droits élémentaires dans les prisons

Depuis plusieurs années, les rapports s’accumulent pour décrire les conditions inqualifiables dans lesquelles vivent la plupart des personnes détenues dans les établissements pénitentiaires de Madagascar : mortalité faute d’alimentation et de soins médicaux ; les deux-tiers des détenus sont des prévenus (présumés innocents) ; surpopulation, aucune prison n’ayant été construite depuis 1960 : souvent moins d’un mètre carré de dortoir commun insalubre pour chacun ; installations sanitaires inexistantes ou insuffisantes ; faible nombre de gardiens peu qualifiés ; non-séparation des prévenus et des condamnés ; séparation aléatoire des mineurs et des adultes, et même des hommes et des femmes ; corruption généralisée de l’ensemble du système judiciaire, évalué comme l’un des plus corrompus dans un pays qui est tout en bas de l’échelle de Transparency International ; incarcération de mineurs pour des vols simples, pour manger ; oubli de prévenus en prison dont on a perdu les dossiers... En fait, sauf cas exceptionnel, ce sont presque uniquement les paysans et ceux qui ne peuvent pas payer qui restent en prison, « dans ce monde de violence, de sexe et de drogue » (suivant l’expression d’un ancien détenu).
En 2003, une certaine attention du public s’est portée sur les prisonniers dits « politiques » emprisonnés suite aux événements de 2002. Ce n’est qu’en 2005 que les informations ont vraiment commencé à circuler : campagne de sensibilisation de l’Aumônerie Catholique des Prisons ; aveu par la Direction des prisons que le budget annuel pour l’alimentation et l’entretien d’un détenu serait de 100 Ariary, soit 4 centimes d’Euro ; 28 morts d’inanition en 12 mois, à Antalaha, une des zones les plus riches du pays (du fait de la vanille)...
Au moins depuis 2000, les promesses ministérielles d’amélioration n’ont pas manqué. Au cours des derniers mois seulement, quelques actions spectaculaires ont été menées pour améliorer la Justice (construction et réhabilitation de palais de justice ; organisation de la lutte contre la corruption, ...), mais rien n’a encore été vraiment fait pour améliorer la condition des 19 000 détenus.


Effervescences dans l’Enseignement Supérieur

Le mois d’avril 2005 a été marqué par la grève et les manifestations estudiantines des Universités d’Antananarivo et de l’Ecole Nationale d’Informatique de Fianarantsoa avec le soutien des étudiants de l’Université de Toliara.
Suite à la suspension du décret 2005-098 par le ministre de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique, les enseignants-chercheurs du syndicat SECES ont décidé d’arrêter leur grève le 16 avril et de n’enseigner que dans le cadre de l’« obligation de service » (cf. La Lettre du Consortium, n°1). Prenant la relève, les étudiants se sont mis en grève, ont réclamé l’abrogation du décret, entre autres revendications, et organisé des manifestations dans les rues d’Antananarivo à partir du mardi 19. Les policiers et gendarmes ont alors pourchassé les étudiants en faisant preuve de violence jusque à l’intérieur du campus de l’Université et interpellé 18 étudiants. Le mouvement s’est poursuivi par la réclamation de la libération des camarades interpellés : seize ont été relâchés le jour même, un a obtenu une libération provisoire assez rapidement, un dernier est passé en jugement la semaine suivante et a été condamné avec sursis.
Des doyens, directeurs et chefs d’établissements universitaires ainsi que des anciens ministres de l’Enseignement Supérieur et le SECES ont élevé leur voix pour condamner l’usage de la force et ont rejoint les étudiants dans la revendication du rétablissement de la franchise universitaire. Les 30 et 31 mai s’est tenu, à Antananarivo, sur le thème « Enseignement supérieur, souveraineté nationale et Etat de droit », un congrès extraordinaire du SECES auquel ont été invités différents syndicats et regroupements syndicaux.


Politique : De la « laïcité à la malgache » à la théocratie ?

La relation entre la religion et l’Etat à Madagascar a fait l’objet de nombreuses publications en raison de sa singularité. Un exposé du pasteur Daniel Ralibera du 14 novembre 2001 paru dans Madagascar-Fenêtres. Aperçus sur la culture malgache et intitulé « D’Andriamanitra à Dieu : vers un christianisme à la malgache » semble d’actualité aujourd’hui. Il écrit (p.81) « Dans le contexte d’une culture nationale profondément liée au religieux, le concept de laïcité prend un caractère singulier » et dit (p.89) que « lorsque nous examinons la Constitution de la République Malgache [...] de 1998, nous lisons dans le Préambule : ‘Le Peuple malagasy souverain, résolu à promouvoir et à développer son héritage de société pluraliste et respectueuse de la diversité, de la richesse et du dynamisme de ses valeurs éthico-spirituelles et socioculturelles, notamment le fihavanana et les croyances au Dieu Créateur ... décide :
Art.1 : Le peuple malagasy constitue une nation organisée en Etat souverain et laïque’ ».

Se référant à Christian Debord, un ancien missionnaire à Madagascar, qui a parlé d’une « laïcité à la malgache », le pasteur Ralibera dit que « la République malgache est bien laïque mais elle veut respecter les valeurs éthico-spirituelles et socioculturelles qui sont les siennes » et ajoute : « Malheureusement, ce modèle n’est pas parfait. En effet, si les Eglises, surtout les Chefs d’Eglise, se sont montrés exigeants à l’égard des dirigeants politiques dans les moments difficiles, il est arrivé qu’ils soient allés trop loin dans leur engagement politique. Comme le souligne le père Sylvain Urfer dans son ouvrage L’Espoir et le doute, en 1991 et dans les années qui suivirent, le Conseil des Eglises chrétiennes (FFKM) a soutenu le Président Zafy Albert, à tel point que lorsque le Président et surtout ses collaborateurs ont commis des erreurs dans la gestion des affaires publiques du pays, les conséquences de ces erreurs sont retombées sur le FFKM qui en est devenu aphone. S’il y a un modèle très positif de la laïcité à la malgache, il a aussi ses limites qu’il ne faut pas dépasser » (p.90-91).
Ce texte du pasteur Daniel Ralibera reprend toute son importance dans le contexte actuel :

  Le 29 mars 2005, une allocution du président de la République au cours du culte œcuménique de commémoration de l’anniversaire de l’insurrection malgache de 1947 contre la colonisation a étonné les participants mais le contenu du discours a frappé les esprits : « Outre la démocratie que nous devons promouvoir, nous devons aussi observer la théocratie pour nous développer harmonieusement ».

  Cette idée a rappelé douloureusement à chacun les propos du président Ravalomanana au Congrès de l’Eglise de Jésus Christ à Madagascar (FJKM, réformée) à Ambatondrazaka en août 2004 sur son projet de développement à Madagascar d’une « République chrétienne ».

  La presse malgache autour du 1er avril 2005 a posé de nombresues questions restées sans réponse sur le financement par la Banque Mondiale, par l’intermédiaire d’un prêt à l’Etat malgache à hauteur de 900 millions de FMG, d’un colloque des pasteurs de l’Eglise FJKM
Cette terminologie innovante et ces pratiques exceptionnelles annoncent-elles une nouvelle politique et des mesures plus qu’inquiétantes dans le domaine de la démocratie et des libertés ?


Propagande : Interfrance media

Le Monde a publié le 29 mars 2005 un supplément de huit pages consacrées à Madagascar. Les trésors de la Grande Île réalisé par Interfrance media.
Ce document publicitaire est sans doute financé par les compagnies dont les pages font la publicité et les éloges rédactionnels (Bank of Africa, OMH, Sipromad, Socota, Jirama, Kraoma, AirMad, Hotel Colbert).
Le style est plutôt à l’encouragement des entrepreneurs et des entreprises. Le gouvernement a donné la prééminence au secteur privé pour réaliser son objectif numéro un : réduire la pauvreté de moitié en dix ans. Trois piliers : croissance forte et rapide, équité sociale et respect de l’environnement.
La présentation générale est plutôt euphorique, en insistant plus sur les perspectives souriantes que sur les problèmes sociaux. C’est quand même un appel aux investisseurs étrangers qui « bénéficient d’une assistance gratuite, s’ils peuvent créer leur société en trois jours... Le droit de propriété foncière leur a été accordé », alors qu’aucun gouvernement n’avait osé s’attaquer à cette relation passionnelle des malgaches pour la terre de leurs ancêtres ! Ce qui est mis au crédit du nouveau président, Marc Ravalomanana, défini comme "un représentant de la société civile aux plus hautes fonctions sur la Grande Île."
Et voici quelques titres de ce torchon publicitaire véhiculé par le journal Le Monde  :

  Agriculture, infrastructures, mines et industrie : le secteur privé met en valeur l’immense potentiel économique du pays grâce aux encouragements du gouvernement...

  Les multiples facettes de l’intégration régionale ;

  Partenariat public-privé : l’esprit d’entreprise reprend les commandes ;

  La France au tout premier rang ;

  Les pouvoirs publics au service de l’économie : l’arsenal législatif du gouvernement facilite les investissements étrangers ;

  Les bons comptes de la Zone franche industrielle etc.
Bien sûr, on ne trouvera pas dans ces « huit pages », les conflits sociaux autour de la revalorisation du salaire minimum (à 23 Euros mensuels depuis début 2004), les grèves dans l’enseignement supérieur, la chute du Franc malgache et les taux d’inflation à deux chiffres, le peu de progrès dans la lutte contre la corruption, la persistance d’une pauvreté excessive dans les campagnes ni les inquiétudes de plus en plus affirmées de ceux qui ont porté au pouvoir le nouveau président dans un immense mouvement populaire, au début de l’année 2002 ! Certes, certes, l’objectif n’est pas celui-là, une présentation objective de la situation de Madagascar, après trois ans d’une Nouvelle présidence qui portait beaucoup d’espoirs.


Economie : Aspects du problème du riz

« Le riz, nourriture de base du malgache, est devenu un luxe », clame la presse. En effet, la hausse vertigineuse des prix du riz et les difficultés d’approvisionnement en denrées alimentaires depuis l’année dernière ont frappé de plein fouet les ménages malgaches : dans certaines régions le prix du riz a atteint la barre des 15000 FMG le kilo (3000 ariary). Les cyclones et les inondations qui ont frappé Madagascar ont attisé la panique concernant la pénurie de riz et certains spéculateurs en ont tiré parti à travers la rétention de stocks. Le riz s’est avéré d’autant plus rare sur le marché national que les exportations ont continué dans un contexte de hausse des cours internationaux. Depuis des mois, l’économie malgache est minée par une inflation galopante et la dévaluation de l’Ariary. Mais avec l’arrivée de riz importé et des récoltes de 2005 sur le marché, le mouvement tend à se stabiliser (*).
Si une telle flambée des prix est la résultante de chocs conjoncturels, Madagascar n’en reste pas moins confronté à un problème chronique, celui de l’insuffisance de la production nationale de riz. En effet, entre 1990 et 2003, l’augmentation plus rapide de la population (2.8% à 3% par an) par rapport à la production nationale de riz (1,2% par an) s’est accompagnée mécaniquement d’un recours croissant aux denrées provenant de l’étranger.
D’où la nécessité traditionnellement évoquée d’augmenter la production locale et cela, par deux biais : l’extension des surfaces cultivées et la hausse de la productivité. Plusieurs mesures sont ainsi préconisées : développement de systèmes d’irrigation, augmentation du taux d’équipement, incitation à la recherche agronomique, aides à la vulgarisation agricole, à la formation technique, mesures visant à faciliter l’accès à la propriété foncière, aux engrais chimiques et aux crédits...
Cependant, l’introduction de nouvelles méthodes culturales en vue d’augmenter les rendements ne va pas de soi dès lors qu’elle suppose de briser certaines routines sociales profondément ancrées. De même, les paysans malgaches optent pour une limitation des risques liés à l’instabilité des revenus tirés des récoltes, en se consacrant à diverses cultures à faibles productivités au lieu de se spécialiser pour augmenter les rendements. En outre, ils ont tendance à stocker une partie importante de la récolte pour leur propre consommation, pour faire face aux périodes de soudure. L’autoconsommation représente plus de 2/3 de la production locale. Qu’elle soit élevée, cela s’explique en partie par le fait que les prix aux producteurs sont peu incitatifs. La structure des réseaux intermédiaires de distribution reste en effet peu concurrentielle : une poignée de grossistes disposent d’un pouvoir de négociation auprès des producteurs lors de l’achat et auprès des détaillants lors de la vente. De même, l’enclavement des régions productrices, les coûts de transport et les divers coûts de commercialisation renchérissent le riz local et le rendent peu compétitif par rapport au riz importé. Les grossistes se font alors plus de marges en achetant du riz importé qu’ils revendent ensuite aux détaillants pour approvisionner les villes.
Cependant, le problème de riz ne doit pas être envisagée uniquement en termes de disponibilité ou de productivité. En effet, on remarque que certains pays ont vu leur production agricole chuter alors qu’ils ont réussi à mettre fin à la disette. C’est le cas notamment de Singapour, du Bostwana et de bien d’autres pays. Inversement, d’autres nations comme le Soudan, le Burkina Faso ont réussi à augmenter leur production sans être parvenus à enrayer la malnutrition. Dès lors, ce qui importe, c’est moins le niveau de la production agricole que l’accessibilité de la nourriture, que celle ci soit produite à l’étranger ou sur le territoire national. En effet, si la croissance est suffisamment diversifiée, créatrice d’emplois et de revenus, et que ses fruits se diffusent sur tout le territoire, la population et les différentes couches sociales disposent d’un certain pouvoir d’achat leur permettant d’accéder à la nourriture de base. C’est là un autre moyen d’aborder le problème du riz et celui des disettes à répétition qui sévissent particulièrement au Sud de Madagascar.

(*) A titre indicatif : Prix du riz a Antananarivo en avril 2004 : 2 300 FMG, fin novembre : 7 500. A partir du mois de décembre, du riz importé a 3 500 etait disponible moyennant une file d’attente d’une journée mais certains lots de mauvaise qualité provoquent des allergies cutanées au sein de la population ; parallèlement, le riz de production locale était à 6500. Avec les premières récoltes de riz commence la baisse relative des prix confirmée dans la presse : 3 250 chez les grossistes d’Anosibe, fin avril. Les prix en province sont généralement plus élevés - jusqu’à 11 000 FMG en novembre 2004 - notamment dans la région de la SAVA dans la province d’Antsiranana où les difficultés d’approvisionnement persistent en mai 2005.


Associations. Les Quatrièmes Assises Nationales de DRV - Dinika sy Rindra ho an’ny Vehivavy

(Comité de Concertation et de Coordination des Associations et ONG-Femmes de Madagascar)

Plus de 100 délégués des associations membres du réseau DRV originaires des 22 régions de Madagascar ont assisté aux Assises Nationales qui se sont tenues du 18 au 25 avril 2005 à Toamasina et qui ont coïncidé avec la commémoration du 10ème anniversaire du Comité DRV.
Les festivités et manifestations officielles ont été l’occasion de renforcer le partenariat avec les autorités :

  locales, en particulier les responsables de Commune urbaine de Toamasina et de la Délégation spéciale de la province de Toamasina,

  nationales, au premier rang desquelles le Ministre de la Population,

  et internationales, partenariat concrétisé par la présence du Coordonnateur Résident du système des Nations Unies à Madagascar.
Les intervenants des différents organismes ont insisté sur la solidité, le dynamisme et la notoriété du réseau DRV.
Au cours des Assises, le bilan des 10 années a mis en évidence entre autres :

  l’évolution collective du réseau dans le sens de la devise de DRV « Unis, porter haut le flambeau, toujours aller de l’avant » ;

  la prédominance actuelle du secteur rural au sein des organismes membres de DRV, tendance déjà ressentie lors des 3èmes assises d’Octobre 2002 ;

  la nécessité de poursuivre le renforcement des capacités techniques et organisationnelles malgré le grand pas déjà réalisé et le travail exemplaire accompli dans ce domaine dans les 6 provinces ;

  la coexistence actuelle et l’appui mutuel de trois générations travaillant désormais ensemble selon le principe « Genre et développement » (GED) en mettant l’accent sur la nécessité de mettre en place une relève solide et performante.
Au cours de ces deux dernières années, DRV a contribué en particulier à la mise en place de la Plate-forme nationale des Organisations de la Société Civile Malgache, au Comité national de commémoration de « Beijing + 10 » et au projet IDISA (Indice du Développement et des Inégalités entre les Sexes) de la Commission Economique pour l’Afrique au sein de l’ONU qui a été testé dans 13 pays et qui va être généralisé dans tous les pays d’Afrique.


Le prophète et le président, de Raharimanana (au Théâtre des déchargeurs, jusqu’au 25 juin 2005)

Le Théâtre des Déchargeurs accueille en ce moment et jusqu’au 25 juin la pièce de Raharimanana, Le prophète et le président, écrite en 1988 mais qui n’avait jamais pu être jouée jusqu’à maintenant. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé ! A l’origine, cette pièce est une commande de l’Alliance française d’Antananarivo passée fin 1988 à Raharimanana, alors âgé de 21 ans, qui venait d’être primé au concours de poésie Jean Joseph Rabearivelo.
Transposée dans le cadre volontairement décalé et provocateur d’un asile psychiatrique, l’intrigue campe deux personnages d’aliénés dont l’un se prend pour le Dictateur-Président Général, l’autre se croit assignée la mission de sauver les hommes de la destruction par le biais d’une obscure mystique. Leurs dialogues ont la saveur de l’absurde le plus délirant et de la critique politique la plus acérée. Début 1989, les répétitions commencent à l’Alliance française, l’équipe artistique s’étoffe. Mais le texte fait peur, inquiète le Ministère de la Culture et la Mission de Coopération française, qui donne l’ordre de ne plus accueillir la troupe dans ses murs « pour préserver les relations entre la France et Madagascar ». Les répétitions s’arrêtent brutalement. La première est annulée. A sa place est programmé un autre spectacle « venu de France ». Une année plus tard (en 1990), la pièce sera primée au Concours du Théâtre Interafricain de RFI, puis en 1993, mise en onde par Radio France Internationale ; elle n’a cessé depuis d’être diffusée sur les ondes françaises et africaines. Joué pour la première fois en France, le texte est servi par une belle mise en scène de Raharimanana et un duo d’acteurs tout à fait savoureux.

>> Du 17 mai au 25 juin à 20h
au Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs Paris,
Métro « Châtelet » - Réservation : 01.42.36.00.02

Billet d’humeur. Vendre l’artisanat malgache ou bien Opération marketing d’Airmad à Paris

Dans la semaine du 16 au 24 avril s’est tenue à Paris, Place Saint-Sulpice, une exposition d’artisans et commerçants malgaches, sous le label Un parfum de Madagascar. La mairie du Sixième arrondissement soutenait l’initiative, en offrant les stands et organisant la manifestation.
Air Madagascar, la compagnie aérienne malgache, avait offert un tarif préférentiel à la centaine d’artisans présents et à quelques spécialistes du tourisme malgache. La direction de l’Artisanat au Ministère de l’Industrialisation, du Commerce et du Développement du Secteur Privé était également partenaire.
L’exposition-vente était un peu triste, même si l’on pouvait trouver l’essentiel de la production artisanale malgache : produits en fibre végétale, sculptures et objets divers en bois, pierres et bijoux, broderies et tissus, soieries... Des fournisseurs d’Artisans du Monde ayant signé la charte du commerce équitable étaient présents. Les prix étaient ceux que l’on rencontre à Paris, puisque les artisans devaient rembourser les frais du voyage, grâce aux ventes. Quelques débats et concerts ont jalonné cette manifestation. Un artisan sculpteur sur bois Zafimaniry, Solomon Rakotomanana, installé parmi les autres, était en France pour la première fois de sa vie. Il était inquiet car ses ventes n’étaient pas mirifiques. Il espèrait trouver en France des galeries ou des marchands intéressés par son travail. Pas facile.
Mais je lui ai expliqué qu’un marchand en France n’a pas intérêt à lui acheter ses créations au prix où il les vend. Il préférerait acheter directement en Fmg sur place à Tana ses sculptures et faire la grosse marge directement, en assurant les frais de transport, jusqu’à ses magasins ou galeries.
Airmad a sûrement réalisé une bonne opération de marketing. On ne peut pas en dire autant des petits artisans comme Solomon.

LA LETTRE du Consortium de solidarité avec Madagascar 176 rue de Grenelle 75007 Paris - tél. 01.45.34.58.48 - e-mail : lalettre_mada@yahoo.fr
Ont participé à la rédaction de ce numéro : J.-Y. Barrère, A. Befeno, E. Fallot, D. Nahindre, M. Ratrimoarivony, C. Riffard, M. Zasy
 
 

 
 

 
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