» La Lettre du Consortium » La Lettre N°1 (Avril-Mai 2005)
 
Tout déplier Tout replier

 
 

La Lettre N°1 (Avril-Mai 2005)

 

Editorial
Plate-forme nationale de la Société civile malgache : Conférence de presse à Paris.
La presse malgache en danger.
Grève des enseignants-chercheurs.
Politique : RFN ou la confusion des genres.
Economie : Un aperçu de la situation.
Relations France- Madagascar : Accords économiques.
Association : l’A.S.D. Tourisme équitable ou rodéo néo-colonialiste ?
Paroles d’un chiendent : L’arbre anthropophage de Raharimanana.
Mahaleo
, le film.


Editorial.

Le Consortium de Solidarité avec Madagascar (CdSM), a été créé à l’automne 2002, à l’initiative de nombreuses associations* et ONG* françaises et malgaches, mais aussi de personnes résidentes en France, unies dans la volonté de manifester leur solidarité avec Madagascar. Une délégation de représentants de la Société Civile française - Cimade, Survie et Crid - avait apporté son soutien, fin juin 2002, à l’immense mouvement populaire de résistance. L’histoire du peuple malgache est ainsi ponctuée tous les dix ou vingt ans (1947, 1972, 1991, 2002) d’immixtions politiques sur la scène nationale pour exprimer un ras-le-bol face à des pouvoirs extérieurs et intérieurs, qui lui confisquent les droits à une libre expression démocratique et à un développement maîtrisé.
L’objet de ce « quatre-pages » est d’entretenir une relation suivie (tous les deux mois, au début) de l’actualité malgache, en privilégiant la relation franco et-euro-malgache et l’activité des ONG françaises à Madagascar sans négliger celle des ONG malgaches. Ce journal sera diffusé gratuitement par Internet.

(*) parmi lesquelles : Crid, CCFD, Cimade, Survie, DRV-RepEurope, Échanges non marchands, Cedetim, Solidarité laïque etc.


Plate-forme nationale de la Société civile malgache : Conférence de presse, le 17 mars 2005 à Paris
(Conférence de presse par Mme Lalao Randriamampionona, Coordinatrice du Comité National Préparatoire de la Plate-forme nationale des organisations de la Société Civile malgache)

Un mouvement pour le renforcement de la société civile est en marche à Madagascar depuis 1995. Après les événements de 2002, et en particulier depuis juillet 2003, cette tendance s’est confirmée et concrétisée par la mise en place du Comité national préparatoire (CNP) d’une Plate-forme nationale gérée par une Cellule de Coordination nationale composée de 2 représentants par province élus par une assemblée générale de plusieurs dizaines d’associations de la province concernée.
Parallèlement à l’identification et à la mobilisation des associations, ONG et communautés de base dans toute l’île et à la mise en place des Comités préparatoires provinciaux, des ateliers d’échanges et de réflexion ont eu lieu.
Notamment, un Atelier Interrégional Nord a réuni à Tamatave en Août 2004 des délégués des provinces de Diégo, Majunga et Tamatave puis un Atelier Interrégional Sud à Tuléar en Novembre 2004 a été l’occasion d’une participation active des délégués des organisations des 3 autres provinces.
Selon Mme Lalao Randriamampionona, les objectifs de la plate-forme au cours de cette première étape de préparation sont quasiment atteints :

-  clarification de la notion de Société civile malgache, de sa vision et de son projet de société ;

-  identification des organisations de la société civile (OSC) malgache et de leurs spécificités par région.
Environ 1300 associations et ONGs malgaches sont actuellement membres de la Plate-forme et échangent progressivement leurs expériences et connaissances sur les problématiques prioritaires actuels de la nation malgache. Le CNP s’attache à poursuivre la mobilisation des OSC et à faire connaître les actions et projets de la Plate-forme auprès des autres acteurs, partenaires et interlocuteurs de la société civile : l’Etat, la société politique et le secteur privé.
La prochaine grande étape de la Plate-forme sera l’organisation de la Convention Nationale de la Plate-forme nationale des Organisations de la Société Civile malgache à Antananarivo au cours de cette année 2005.
L’approche participative pratiquée par le CNP dans la mise en place de cette plate-forme des OSC malgaches ainsi que l’affirmation de l’autonomie dans la définition de la notion de société civile et dans son projet de société ont particulièrement marqué l’auditoire au cours de la conférence de presse et des nombreuses rencontres de la coordinatrice du CNP avec les Associations et ONG françaises.
Le Consortium de Solidarité avec Madagascar soutient la mise en place de cette plate-forme. Il est apparu, aux yeux des associations et coordinations d’ONG rencontrées par Mme Randriamampionona à Paris, que le processus engagé par le CNP tel que présenté par sa coordinatrice est l’un des plus sérieux et dynamiques que les pays d’Afrique et de l’Océan Indien aient présenté au cours des années récentes. Il est certain que M. Marc Ravalomanana, président de la République malgache, et considéré lui-même par certains (cf. Le Monde du 29 mars 2005) comme un représentant de la « société civile », aura à coeur de fortifier et de consolider cet effort d’auto-organisation de la Société Civile Malgache. Ce qui n’a pas été le cas depuis sa prise du pouvoir...


La presse malgache en danger

La liberté de la presse est garantie dans la constitution malgache en vigueur. Des millions de personnes ont manifesté à multiples reprises pendant plusieurs mois en 2002 et ont lutté de différentes manières pour rétablir l’Etat de droit à Madagascar. Dans une large mesure, la société civile française a approuvé cette lutte. Mais en février 2004, une radio de Toamasina (ex-Tamatave, fief de Ratsiraka) a été fermée. En juillet, ce fut le cas de Radio Say à Toliara, puis en décembre, celui de 3 autres radios de Toamasina. Toujours sans vraie explication, ni possibilité de se défendre contre des mesures arbitraires. Dans tous les cas, les animateurs de ces radios avaient été liés au régime Ratsiraka. Il y a environ 200 radios privées qui sont écoutées dans tout le pays où il n’y a souvent pas d’autre moyen d’information.
En mars 2005, c’est la presse écrite nationale qui a été attaquée. Les tirages de ces journaux sont faibles, de l’ordre de 10.000 exemplaires chaque jour. Ils n’ont guère d’influence en dehors de la capitale. Mais jusqu’à maintenant, ils représentaient une capacité de libre information et discussion, donc de contestation. Celui qui peut être considéré comme le plus professionnel, le plus complet et le plus percutant, La Gazette de la Grande Île, a vu son directeur être mis en cause, à de multiples reprises au cours des dernières semaines. On lui a reproché, entre autres, d’avoir signalé la mauvaise réputation d’un personnage très trouble, interdit de séjour dans le pays, rapporté les injures publiques adressées à une autorité publique et interviewé un salarié de la zone franche.


Grève des enseignants-chercheurs.

Depuis quelques semaines, un bras de fer se poursuit entre le SECES, syndicat des enseignants-chercheurs et des chercheurs-enseignants des Universités de Madagascar, et le pouvoir qui a décidé de suspendre le salaire des dirigeants du syndicat et de quelques autres membres, grévistes.
Il faut dire par ailleurs qu’il y avait un précédent qui n’est pas prêt de s’aplanir non plus : la revendication des magistrats dirigée par leur syndicat, le SMM (Syndicat des Magistrats de Madagascar) dont les membres grévistes (une bonne quarantaine) ont vu également leur solde suspendue et coupée.
Nous remercions le professeur d’université qui nous a transmis quelques précisions concernant les revendications du SECES. Si les enseignants-chercheurs luttent de manière permanente pour le paiement de leurs droits et la défense de leur pouvoir d’achat qui se dégrade régulièrement depuis des années, une nouvelle cause des derniers évènements est le décret n°2005-098 du 05.02.05 relatif aux obligations des enseignants-chercheurs et chercheurs-enseignants et dont les principaux aspects inacceptables sont les suivants :

- Les obligations de service (enseignement et recherche) des enseignants, tous grades confondus, (Assistants, Maîtres de Conférences, Professeurs et Professeurs titulaires) passent de 125 à 200 heures (125h d’enseignements + 75h de recherche pour les enseignants et 50h d’enseignements + volume non comptabilisable de recherche pour les chercheurs), ce qui signifie un surcroît de travail non rémunéré.

- Le taux d’encadrement autorisé par an est régulé de la manière suivante : pour les Assistants : 6 mémoires de stage ou de niveau Bac+2 au maximum ; pour les Maîtres de Conférences : 6 mémoires de licence, maîtrise, ingéniorat ou DEA, 8 mémoires maxi avec les « cumulants » ; pour les Professeurs et les Professeurs titulaires : 8 mémoires de maîtrise ou de DEA et thèses (DNR ou HDR), 10 au maximum.
Compte tenu de la proportion actuelle d’étudiants/ enseignants-chercheurs à Madagascar, l’application d’une telle décision privera un grand nombre d’étudiants d’encadreurs et donc la préparation et l’obtention de diplômes tels que la maîtrise, les sciences de l’ingénieur ou le CAPEN qui comportent tous un mémoire de recherche/de fin d’études obligatoire, la préparation d’une thèse s’en trouveront très affectées, pour ne pas dire menacées. Par conséquent, le nombre de diplômés chutera de façon notoire.
L’ensemble des enseignants participe à ce mouvement de revendication ; certains ont suspendu toutes leurs activités d’enseignement, d’autres assurent leurs cours de manière sporadique pour ne pas sanctionner les étudiants. Seuls les vacataires interviennent normalement.


Créé en 1968, le SECES a toujours excellé dans la défense des universitaires et des travailleurs de la Recherche face aux différents régimes qui se sont succédés. Cette lutte a repris quelques mois après l’arrivée au pouvoir des gouvernants actuels et prend une nouvelle envergure ces dernières semaines où le SECES évoque un Etat de non-droit, interpelle tous les membres du SECES qui ont obtenu des postes importants dans les hautes sphères étatiques, dénonce la différence notoire des rémunérations entre les Universitaires malgaches et les enseignants non-malgaches (« experts externes ») et réclame « le recrutement massif d’enseignants chercheurs-permanents d’un niveau appréciable dans le souci d’améliorer et d’assurer un enseignement supérieur et une recherche dignes de leur nom ».


Politique : RFN ou la confusion des genres.

Fondé mi-décembre 2004 à Antananarivo et se proposant d’organiser une « conférence nationale pour sortir le pays de l’impasse », le Rassemblement des Forces Nationales (RFN) a d’abord commencé par annoncer qu’il s’inscrivait dans une démarche de société civile. Mais son identification au quarteron de « déçus du ravalomananisme » qui a fait partie de ses initiateurs l’a vite plombé ; d’autant qu’il a donné, par la suite, à croire qu’il a cédé aux sirènes de l’opposition politicienne. Dans la diaspora, une Plate-forme (indépendante) de Concertation pour Madagascar (PCM) s’est engouffrée dans la brèche initiale ouverte par le RFN pour suggérer et architecturer, au contraire, une « concertation nationale ». Fin mars, branle-bas de combat, voilà que le RFN se positionne comme « apolitique »... Wait and see !


Economie : Un aperçu de la situation

La situation économique de Madagascar a fait l’objet de déclarations contradictoires tout au long de l’année 2004, une année charnière pour le Président Marc Ravalomanana et son Gouvernement qui attendaient les « bonnes nouvelles » de l’Initiative pour les Pays Pauvres Très Endettés, dite IPPTE. Le Point d’achèvement dans la longue procédure de cette initiative a été franchi, selon le FMI et la Banque Mondiale le 21 octobre 2004, et permet à Madagascar de bénéficier d’un allégement de 1,9 Milliard de Dollars, de la part de ses créanciers multilatéraux, outre un allégement complémentaire de 900 millions de dollars complémentaire, de la part de ses bailleurs de fonds bilatéraux.
Cela faisait plusieurs mois que les Institutions financières internationales (les « IFI ») faisaient la leçon aux autorités malgaches en reportant plusieurs fois cette nouvelle, qui permet à Madagascar de réorienter vers de nouveaux investissements publics des sommes antérieurement affectées au remboursement de la dette. Ce chantage permet aux « IFI » d’exiger la contrepartie en terme de respect du calendrier de privatisations, d’exigence de ne pas céder aux demandes d’augmentations salariales alors que l’inflation tourne autour de 20% en moyenne (mais beaucoup plus pour les prix des aliments de base) ou bien de ne pas embaucher dans l’administration ni les services publics. C’est ainsi que se met en place la tutelle des IFI sur la gestion de Madagascar, à partir de la procédure d’allégement de la dette. La décision était attendue en juin 2004, elle prend effet à fin octobre 2004.
Pour autant, la tutelle économique se poursuit avec un outil élaboré préalablement intitulé Stratégie de Réduction de la pauvreté, sorte de planification des investissements et des politiques pour l’ensemble des secteurs et des Régions de l’économie malgache. Ce document dit de SRP a été signé en juillet 2003 et engage Gouvernement, IFI et Bailleurs.
Francis Soler, journaliste économique, a publié récemment dans Le Monde de l’économie une appréciation nuancée de la situation à Madagascar. Il estime que les entreprises de la Zone Franche industrielle ont récupéré fin 2004 un niveau de production supérieur à celui de 2001, et les effectifs de 115 000 salariés. Selon lui, le Produit Intérieur Brut (PIB) a crû de 10% en 2003 et de 5,3% en 2004, suite à la relance des travaux d’équipements routiers et des entreprises tournées vers l’exportation ; mais, dans le même temps, on assiste à un effondrement du Franc malgache qui perd 85% de sa valeur par rapport à l’euro, au cours de l’année 2004. Ce qui a eu un effet immédiat sur les prix des produits importés, comme le fioul, mais aussi sur tous les produits de consommation courante. « En novembre 2004, le prix du riz avait presque doublé par rapport au début de l’année. Cette hausse est venue grever encore un peu plus le faible budget des Malgaches dont 73 % vivent en dessous du seuil de pauvreté », indique le journaliste qui titrait son article Fin de l’État de grâce pour Madagascar.
« Malgré tous ces handicaps, poursuit le journaliste, Madagascar peut réussir à commencer son décollage économique ». Et de citer les nombreux programmes routiers (1850 kms en 2003) évalués à 20 000 kms d’ici 15 ou 20 ans, les infrastructures en cours de réhabilitation, réseau ferroviaire, port de Toamasina, aéroports secondaires. « Mais, poursuit F. Soler, les investissements de l’État et des bailleurs de fonds ne suffiront pas à maintenir durablement une forte croissance s’il n’est pas mis fin en même temps à la corruption et au comportement souvent parasitaire du monde politique urbain. La clef du décollage économique de la Grande Île réside dans l’expansion de l’investissement privé, et pas seulement étranger, surtout dans le secteur agricole. »


Relations France- Madagascar : Accords économiques.

1. Depuis juillet 2003, une « convention sur l’encouragement et la promotion réciproques des investissements » a pour objet « la couverture des investissements réciproques entre la France et Madagascar ». Cet accord vise à favoriser les relations économiques et commerciales entre les deux pays. La loi afférente vient d’être votée lors de la dernière session parlementaire. Selon les statistiques, près de 200 entreprises françaises sont présentes dans la Grande Ile et 300 autres ont au moins un actionnaire français. Où est la réciprocité ?
2. EDF et Total à la rescousse !
Le « Growing sustainable business » (Gsb) est un projet de développement né en 2002, lors du sommet mondial sur le développement de Johannesburg. A Madagascar, depuis 2003, c’est le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) qui dirige le comité de pilotage. Techniquement, il s’agit d’inciter et d’aiguiller les sociétés privées à travailler avec la société civile. L’électrification rurale est une des idées motrices du programme. A titre d’exemple, Electricité de France (Edf) s’est déjà engagée à construire un barrage de quatre mégawatts dans la région enclavée d’Andapa. Un projet qui est actuellement en cours de finalisation. A citer aussi l’action de Total dans la formation des transporteurs d’hydrocarbures à Madagascar. La gestion du pétrole, un dossier à suivre de près.
3. Réaffectation de la dette publique.
La France a décidé de réaffecter la totalité de ses dettes publiques, c’est-à-dire 53 millions euros, sous forme d’aide budgétaire au gouvernement malgache. Mais une réaffectation n’est pas un effacement de dettes. Techniquement, cela signifie que les remboursements que Madagascar doit faire chaque année à la France seront reversés à la caisse de l’Etat. Le calendrier de décaissement de ces 53 millions euros s’étale sur 34 ans. Mais 22,9 millions euros seront versés du 1er octobre 2004 au 31 décembre 2007, c’est-à-dire pendant trois ans. Deux départements seront ciblés par cette aide additionnelle : la santé et l’éducation.
4. Appui de l’Agence française pour le développement .
Cette année, c’est la reconstruction du port d’Antsiranana qui bénéficiera des appuis de l’Afd. En cinq ans, l’Afd a accordé jusqu’à 40 millions d’euros aux financements de douze grands travaux à Madagascar. Méfiance cependant : les financements de l’Afd sont accordés à travers la société financière Proparco dont l’Afd détient 70% du capital. Elle a pour mission de promouvoir les entreprises privées par le biais de garanties d’emprunts bancaires, en devise ou en monnaie locale. L’Afd peut prendre directement des participations dans les investissements entre 15 à 20%. En théorie, ces participations sont destinées à être cédées au bout de six ans. Mais quel contrôle ? Et comment rembourser ensuite ces sommes colossales ?


Association : l’A.S.D. Tourisme équitable ou rodéo néo-colonialiste ?

Le tourisme est comme le feu : entretenu avec soin, il peut servir à cuire le repas, mais en l’absence de précautions, il risque de consumer la maison.
A Madagascar comme ailleurs, les conséquences du tourisme européen préoccupent vivement les populations locales. Huit membres de l’O.N.G malgache Association Santé et développement (ASD) ont réalisé un atelier de travail sur le tourisme équitable sur l’Île aux Nattes, sur la côte Est. Reportage.
Entourée d’un lagon couleur émeraude, bordée de plages de sable blanc et de cocotiers, la petite île correspond parfaitement à l’image européenne du paradis tropical. Mais sept complexes hôteliers ont été construits sur l’îlot au cours des dernières années. Un alignement de résidences secondaires longe la côte, quasiment tous les terrains en bordure de mer ont été loués ou vendus. Conséquence : les pêcheurs sont obligés de faire de grands détours pour accéder à leurs pirogues au bord de la mer, et le bois pour faire cuire le repas quotidien doit maintenant être apporté de l’île principale, ce qui coûte très cher. Une cohabitation dans ces conditions est insupportable aux villageois, d’autant que les Européens ne participent pas à la vie du village, notamment lors des cérémonies de décès.
Les jeunes de l’île refusent de rester passifs face au mode de vie véhiculé par les touristes. Certains se laissent séduire par l’argent facile, l’alcool, la drogue. D’autres travaillent dans les restaurants et, voyant le mépris dans lequel les hôteliers tiennent la population locale, se vengent en volant les touristes et leurs hôtes.
Après avoir organisé un atelier avec les habitants de l’île aux Nattes, l’association tire la conclusion que le tourisme ne peut servir à lutter contre la pauvreté que si la population locale y participe d’une manière compétente et responsable. Un centre d’accueil et de rencontre est créé, intégrant les jeunes de l’île, le Président du village et les administrations responsables, qui cherche aujourd’hui à se faire financer comme projet d’aide au développement.
Belle initiative pour penser global et agir local !
(D’après un texte d’A.S.D.)


Paroles d’un chiendent : L’arbre anthropophage, de Raharimanana (Ed. Joelle Losfeld/ Gallimard, 2005)

« Fil des légendes pour dire la vérité d’hier. Fil de la raison pour soutenir les mensonges d’aujourd’hui »... Ecrit à la première personne, L’Arbre anthropophage de Raharimanana nous emmène dans un va-et-vient entre l’imaginaire de l’enfance et de l’adolescence, nourri de contes et mythes, et la brutalité du réel et du présent par le biais du récit que l’auteur fait de son récent combat dans l’urgence pour sortir son père des mains et des geôles du nouveau pouvoir malgache amené par la « révolution des ombrelles » de 2002. Son père, militant de longue date de la décentralisation et un des pourfendeurs de la première heure du système autoritaire et corrompu ratsirakien (1975-1993, 1997-2001) fut arrêté, torturé et condamné sans preuves pour propos séparatistes lors de la crise politico-électorale de 2002. Eternels dénis des droits humains. Sempiternels espoirs et désillusions des peuples dominés. Evocation du passé - lointain et récent - de Madagascar, de sa violence : ce passé plus controversé et opaque que ne donnent à le montrer les « histoires officielles », ces versions des vainqueurs. Histoires que l’auteur déconstruit soigneusement à sa manière d’écrivain féru d’anthropologie, de linguistique et de sciences historiques. Né en 1967, donc après l’Indépendance, Raharimanana est de la génération des jeunes auteurs en rupture avec les préoccupations et visions militantes de leurs aînés des « Trente Glorieuses » (1950-1980) de la littérature africaine moderne. La référence à l’universel démarque ses propos des fantasmes identitaires si courants sur l’« âme malgache », l’authenticité malgache, la malgachéité. Dans la foulée d’une introspection en quête d’un monde personnel, il exprime la fondation d’une parole totalement libre, mais une parole qui ne peut faire l’économie de celles qui l’ont précédée. Surtout, en toute éthique, l’écrivain insiste pour dire qu’il n’est porte-parole de rien ni de personne. En exergue du livre cette traduction d’un hainteny (art de la parole, art du dire) : « Je suis le chiendent au bord de la route. Je n’arrête pas vos pieds pour vous mettre à terre. Je vous retiens pour que nous parlions. » Il est bien là l’« engagement » de Raharimanana : la parole pour toute arme, le débat d’idées. Mais, comme il y excelle si bien, pour dire surtout la dérision de soi, celle des certitudes, des ordres établis, des idéologies... Avec L’Arbre anthropophage, Raharimanana me rappelle ce sujet de prédilection que nous partageons tous les deux et dont nous discutons souvent : Zatovo. La légende dit que Zatovo (littéralement « le jeune »), « né, sorti de la terre » défia la divinité Zanahary en rejetant son ascendant, son autorité, sa tutelle... Une sensibilité libertaire au défi du totalitarisme, des appareils, de la pensée unique. (Altermondes, n°1 - mars 2005 ; extrait)


Mahaleo (2005, 1h45). Le film.

Documentaire de C. Paes et R. Rajaonarivelo. Portraits croisés, intimes et poétiques, d’un Madagascar hors-clichés et combatif et de Mahaleo, légende vivante du blues malgache. Les sept membres de ce groupe atypique qui a constamment cheminé avec les gens de peu et les « nouveaux mouvements sociaux » depuis « mai 72 » ne vivent pas de leur musique mais de leurs métiers respectifs. Un clin d’œil sympathique à la société civile organisée et des images superbes ! A voir vite avant retrait des salles. (infos )

LA LETTRE du Consortium de solidarité avec Madagascar 176 rue de Grenelle 75007 Paris - tél. 01.45.34.58.48 - e-mail : lalettre_mada@yahoo.fr
Ont participé à la rédaction de ce numéro : J.-Y. Barrére, E. Fallot, J.-C. Rabeherifara, M. Ratrimoarivony et C. Riffard
 
 

 
 

 
Accueil     |    Plan du site     |    Espace rédacteurs     |    Se connecter