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La Lettre N°5-6 (décembre 2005 - février 2006)

 

S o m m a i r e :

- Editorial
- Economie. Madagascar en tête des « pays à faible développement humain », selon l’ONU
- Société. Vers un renouveau du syndicalisme malgache
- Eglise / Etat. Qui instrumentalise qui ?
- M.S.F. Un départ étonnant
- Enfin, on parle vraiment des prisons
- International. Bamako, l’autre sommet
- Opinion. Stagnation et aventurisme
- Coup de griffe : la loi du 23 février 2005
- Participation du Consortium à un « jeudi de la solidarité »
- Associations : Survie, F.A.F.E.D (D.R.V)
- Brèves : Le Consortium en région, l’actualité des revues et les sorties DVD...


Le mot de la Rédaction

Meilleurs voeux de Bonne année 2006 à tous les malgaches, aux paysans et aux ruraux qui sont la majorité silencieuse, aux urbains qui pour la plupart sont d’anciens ruraux qui souffrent de la faiblesse d’emplois trop faiblement rémunérés. À tous, Le Consortium souhaite une vie démocratique, un peu plus de développement économique, une transparence dans les décisions qui engagent le peuple, beaucoup de résistance à la mise en place d’une économie mondiale dominée par le libéralisme et les bailleurs internationaux. Bonne Année à la Société Civile Malgache dont nous souhaitons sincèrement l’épanouissement au cours des prochaines années.

Editorial

De nouvelles responsabilités pour le Consortium.
Coordination Sud a repris l’activité de coordination géographique pour Madagascar, anciennement partagée avec Cités Unies France, dans le cadre du suivi technique de la Commission Mixte franco-malgache. Première application : la préparation des Assises de la Coopération décentralisée à Madagascar qui se dérouleront les 11 et 12 mai 2006 à Antananarivo. Coordination Sud nous a mandaté pour suivre cette préparation et nous siégeons désormais au Comité de Pilotage où se préparent, avec des représentants du Gouvernement malgache, les différents ateliers qui auront lieu au cours de ces deux journées. C’est à la fois pour les départements, Régions, Villes de France et de Madagascar, l’occasion de faire un point complet sur ce qui s’est fait jusqu’à aujourd’hui et créer les conditions d’un nouvel élan de ce type de coopération. La présence d’ONG et d’associations de Solidarité a été voulue par tous les partenaires de ces Assises, parce que les actions concrètes de cette coopération décentralisée sont le plus souvent déléguées à des OSI (organisations de solidarité internationale) qui y jouent un grand rôle sous la double tutelle des Collectivités territoriales françaises et malgaches : OSI ou ONG françaises ou malgaches.
Nous avons souhaité que l’ensemble des ONG et OSI qui interviennent à Madagascar puissent se retrouver pour préparer ces Assises et y désigner leurs représentants à Madagascar. La première réunion a été fixée au mercredi 18 janvier dans l’après midi, pour les associations françaises. Nous ferons en sorte que les associations et ONG malgaches puissent également se rencontrer et désigner leur propre délégation.
Il appartient au Consortium d’encourager les associations à se regrouper et à mieux travailler ensemble : il n’a aucune prétention hégémonique à les fédérer.


Economie. Madagascar en tête des « pays à faible développement humain », selon l’ONU

Le rapport 2005 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) classe pour 2003 Madagascar au 146e rang des 177 pays analysés, avec un Indice de développement humain (IDH) de 0,499 et un Produit Intérieur Brut par habitant en Parité de Pouvoir d’achat (PIB-PPA) de 809 US$. Mais c’est le 1er des 31 pays du groupe de ceux « à faible développement humain » dont les moyennes sont IDH : 0,486 et PIB-PPA : 1.046.
Rappelons que le taux de change à parité de pouvoir d’achat ne tient pas compte des marchés financiers, mais des prix locaux d’un « panier » de produits et services de consommation courante. Le PIB-PPA peut être élevé pour des pays ayant de grandes richesses naturelles (exemple : Angola avec IDH : 0,445 et PIB-PPA : 2.344).
Ces chiffres sont bien loin de ceux des « pays à développement élevé » (IDH : 0,895 et PIB-PPA : 25.665) ou même de ceux « à développement humain moyen » (IDH : 0.718 et PIB-PPA : 4.474). C’est dire que, même si Madagascar est un pays où la misère se fait cruellement sentir, on peut y trouver quelques raisons d’espérer dans la mesure où, moins mal qu’ailleurs, il y a des bases pour le développement aux points de vue santé, éducation et
conditions de vie.
Mais selon les dernières informations statistiques disponibles, la population de la Grande Ile atteindrait 16,7 millions d’habitants et le taux annuel de croissance démographique se maintiendrait à 2,7 %. Le taux de croissance économique prévu pour 2005 est de l’ordre de 5,5 %. Tant pour 2004 que pour 2006, les taux calculé et prévu sont du même ordre. C’est dire que la croissance ramenée au niveau de l’individu ne dépasse pas 2% l’an.
De plus, ces chiffres sont des moyennes comprenant aussi bien la bourgeoisie d’Antananarivo et les zones de bonnes productions agricoles comme la SAVA que les territoires déshérités du Sud.
A ce rythme, sans changement important, l’espoir d’une vie décente pour la plupart des Malgaches n’est pas pour cette génération. Ce changement pourrait avoir plusieurs causes intervenant de préférence ensemble : nouvelle politique économique choisie librement sans contrainte imposée par les bailleurs de fonds, structuration et renforcement de la société civile, régulation pérenne des marchés internationaux permettant des exportations régulières...
Etienne Fallot


Société. Vers un renouveau du syndicalisme malgache

Le syndicalisme malgache, qui fêtera en 2006 son 70e anniversaire, est sorti très affaibli de la crise de 2002. Il peine aujourd’hui à être reconnu comme un véritable interlocuteur par les pouvoirs publics. De nombreux signes témoignent cependant d’un renouveau du mouvement syndical qui pourrait lui permettre de prendre toute sa place dans une société civile en pleine mutation.
L’éclatement du paysage syndical malgache, héritage historique du colonialisme, de la guerre froide et de l’histoire politique du pays, contribue très certainement à la grande faiblesse du syndicalisme de la Grande Ile et alimente l’image, en partie fondée, de la compromission d’une large partie du mouvement avec les partis politiques. La Conférence des travailleurs malgaches (CTM), plate-forme qui rassemble aujourd’hui les organisations les plus représentatives, ne compte pas moins de quatorze centrales (FISEMA, SEKRIMA, FISEMARE, USAM, FMM, SEDODIA, TM, SARTM, FNAE, SYGMA, SEREMA, SECES, SEMPIF/TOVAMA et SRMM). S’y ajoutent les nombreux syndicats autonomes, implantés sur une seule entreprise ou un seul secteur professionnel, notamment chez les fonctionnaires.
Au-delà de ces divisions, les difficultés du syndicalisme malgache sont sans doute plus structurelles. La population active de Madagascar reste très majoritairement employée dans l’agriculture (76,5% de la population active en 1999), bien peu dans l’industrie (4,7%) ou le secteur tertiaire (11,3%). Selon le Bureau international du travail, l’emploi dans le secteur informel - où la syndicalisation est particulièrement difficile - constitue près de 57% de l’emploi urbain total. Les zones franches, avec 115 000 emplois officiellement recensés en 2004, pourvoient près de 39% de l’emploi du secteur secondaire. Mais le personnel de ces entreprises franches, souvent très jeune et très féminisé, y est faiblement syndiqué, du fait notamment de pratiques patronales dissuasives (1) .
C’est dans ce contexte difficile que les politiques d’ajustement structurel tout d’abord, puis les événements de 2002, ont plongé les centrales malgaches dans une crise sans précédent, en réduisant encore davantage l’emploi formel et la base sociale des organisations de travailleurs(2). En quelques mois, ce sont des milliers de militants qui ont ainsi quitté, bien malgré eux, leurs organisations, happés par des logiques de survie immédiate. Faute de moyens, les instances de la plupart des organisations ont cessé de se réunir, et nombre d’entre-elles ont véritablement cessé de fonctionner pendant de nombreux mois.
Malgré la crise, malgré ces faiblesses structurelles, on assiste aujourd’hui à une « renaissance » du mouvement syndical. C’est d’abord la réaffirmation, pour les centrales qui l’ont toujours revendiquée, ou la montée en puissance, pour les autres, d’une ligne d’autonomie du mouvement syndical vis à vis du politique, y compris dans des organisations jusqu’ici fortement marquées par des liens organiques entre le premier et le second, comme la FISEMARE.
C’est ensuite et surtout, après la crise, la patiente reconstruction des organisations, dans les entreprises, en région et au niveau national, reconstruction qui s’accompagne d’un rajeunissement, d’une féminisation et d’un renouvellement important des responsables syndicaux, moins marqués par les conflits du passé. En témoignent par exemple le départ des dirigeants historiques et l’élection, lors de congrès récents, de deux nouveaux secrétaires généraux à la tête des deux premières confédérations du pays : José Randrianasolo pour la FISEMA (avril 2005) et le Dr Jeanne Clairette Razanarimanana pour la SEKRIMA (décembre 2004).
Si les conflits restent peu nombreux au regard de la gravité de la situation sociale (magistrats, enseignants, JIRAMA, etc.), les organisations syndicales malgaches donnent de nouveau de la voix dans les médias. La Conférence des Travailleurs Malgaches, elle aussi « mise en sommeil » au lendemain de la crise, retrouve de la vigueur et intervient sur les grands problèmes de politique économique du pays, comme en témoigne sa récente conférence de presse (1er décembre 2005) sur la lutte contre la pauvreté, l’IPPTE et la dette. Les rencontres entre le mouvement syndical et les autres secteurs de la société civile (ONG, organisations confessionnelles), inenvisageables il y a encore quelques années, se multiplient.
Autant de signes d’un renouveau du mouvement syndical malgache...

1. Selon une étude de 2004 réalisée par le PNUD, l’OIT et l’ONG américaine CRS, les salariés des entreprises franches ont une moyenne d’âge de 28 ans (avec un peu plus de la moitié des travailleurs dans la tranche d’âge de 19 à 24 ans). Les femmes représentent 71% du personnel. Le taux de syndicalisation atteint en moyenne 14%.
2. Le nombre d’emplois dans les zones franches est ainsi passé de 110 000 à 58 000 entre 2001 et 2002.


Eglise / Etat. Qui instrumentalise qui ?

Tout Etat a le droit de protéger ses citoyens d’escroqueries commises sous couvert de religion. Encore faut-il que les faits soient avérés, et qu’il y ait décision de justice. Ratsiraka avait autorisé quantité de sectes pour faire pièce au FFKM, (Conseil œcuménique des 4 Eglises chrétiennes historiques) : elles prolifèrent en exploitant la crédulité de populations désorientées. Avec de gros moyens, l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu, multinationale d’origine brésilienne, tenante d’une « théologie de la réussite », ratisse large, y compris dans les bourses les moins garnies. La décision administrative (janvier 2005) du ministère de l’Intérieur d’abroger son arrêté d’autorisation, de fermer ses églises, radio et télé, et d’expulser sa trentaine de « pasteurs » de toutes nationalités, repose sur un curieux motif : l’un d’eux avait brûlé en public une bible, ce qui représenterait une menace pour l’ordre et la sécurité publique.
Plus contestable encore apparaît l’épilogue de la querelle entre la protestante FJKM (Vice-président : M. Ravalomanana), et ses dissidents « nouveaux protestants » du temple d’Andravoahangy, fondateurs de la FVPM, nouvelle Eglise autorisée par un arrêté d’octobre 2003. En quelques années, elle a rassemblé des dizaines de milliers de membres, avec 200 pasteurs répartis dans l’Ile. L’église d’Antaninanandrano, siège de son bureau national, compte à elle seule plus de 30 000 paroissiens, dont beaucoup de cadres et d’intellectuels, à la recherche d’une spiritualité moins guindée, ou en désaccord avec l’instrumentalisation croissante de la FJKM. Rappelons par exemple que lors des assises des pasteurs FJKM (avril 2005) organisées avec le soutien financier de la Banque Mondiale (sic), M. Ravalomanana leur prescrit d’exercer les rôles d’agents de développement, contrôleurs des mines et auxiliaires de sécurité (re-sic). Par arrêté ministériel du 16 septembre 2005, le ministère de l’Intérieur a révoqué son autorisation et fait mettre sous scellés l’église-siège de la FPVM, le préfet de police étant accompagné de parachutistes avec des lance-roquettes, à 4 h. du matin ! Non sans jésuitisme..., la FJKM déclare n’avoir « jamais porté plainte auprès du ministère, ce dernier a agi d’après les rapports envoyés par les paroisses victimes des actes illégaux perpétrés par la FPVM » (occupation par une nouvelle majorité ou une forte minorité de paroissiens de neuf édifices cultuels dans le Sud-Est).
Les démarches juridiques effectuées par la FPVM n’ont abouti à aucun résultat, pas plus que la demande de pardon à la FJKM, et « l’imploration de la miséricorde de Marc Ravalomanana ». Celui-ci se montre bien ingrat : beaucoup des « mpiandry » (exorcistes) qui ont accompagné sa prise de pouvoir, étaient issus de la FPVM !
Ce n’est pas la cérémonie des vœux du 6 janvier au palais présidentiel d’Iavoloha qui atténuera cette impression d’installation insidieuse d’une religion d’État. Elle a été marquée par deux événements ne relevant pas des mêmes logiques.
Le président de l’Assemblée nationale, trésorier de l’Eglise luthérienne (car chacun des quatre chefs d’institution appartient à l’une des dénominations composant le Conseil œcuménique des Eglises malgaches), ancien fervent de M. Ravalomanana, a été purement et simplement interdit de discours (d’ailleurs fort anodin, car il a « fuité »). Il faut dire que menacé de destitution par une forte faction du parti présidentiel sur des dossiers opaques, Jean Lahiniriko se répand depuis des mois contre la politique du gouvernement, n’hésitant pas à jouer de la corde tribaliste dans son Sud-Est natal, demandant le renvoi du premier ministre Sylla. Pour créer une illusion de symétrie, ce dernier n’a pu prononcer non plus son discours, et c’est le Président du Sénat, fidèle des fidèles et apparenté à M. Ravalomanana, qui s’est fait le porte-parole des Chefs des institutions, dans un discours recensant platement les réussites gouvernementales. On ne mentionne cette innovation protocolaire, au vu et au su du corps diplomatique, que comme un signe supplémentaire d’une dérive autocratique, qu’encourage une ambiance obséquieuse de cour.
Quant à la laïcité, elle en a encore pris un coup. Non seulement la cérémonie a été précédée par un culte œcuménique, mais les quatre prélats, assis au premier rang, ont eux eu accès aux micros, et fait l’objet de traitements honorifiques et de marques de considération trop longs à détailler, mais qui n’ont pas échappé au bon peuple habile à déchiffrer les codes, ni aux 10% de Malgaches musulmans absents des festivités..
L’anglican Rémi Joseph Rabenirina, président du FFKM, n’a cependant pas caché son souci face à la dégradation de la situation politique, et a appelé au respect de l’état de droit. Il devait demander « au gouvernement de relever le défi d’assurer le bon déroulement des scrutins afin de garantir la paix et le développement ». Honorable ténacité, car le FFKM est l’auteur d’une réforme du Code électoral (sic), par trois fois repoussée par la majorité présidentielle. Le verrouillage est assuré pour les présidentielles (2007) : les chefs de région, responsables de l’organisation des scrutins au niveau des régions, ont été nommés par le Président (pour une période transitoire qui a dépassé le terme prévu), et ne manquent aucune des manifestations politiques du parti présidentiel.
Il sera intéressant d’observer si le FFKM soutiendra le candidat Ravalomanana si son projet de texte est encore repoussé.

Jean-François Hérouard


M.S.F. Un départ étonnant

En Mai 2005, l’ONG Médecins sans frontières - MSF - a quitté Madagascar après dix ans de présence continue. La principale raison donnée par la Directrice adjointe des opérations, dans le n° 136 de Messages MSF était que cette ONG a rempli une partie des objectifs qu’elle s’était donnés il y a dix ans de travailler auprès d’une population spécifique, celle des enfants et des familles vivant dans les rues d’Antananarivo, en plus de l’appui aux populations dans les procédures d’acquisition d’un état civil et de la collaboration avec les pouvoirs publics dans l’amélioration des conditions de vie dans les centres de détention pour mineurs.
Depuis 2002, les autorités de la ville d’Antananarivo ont mené une politique d’assainissement qui consiste à chasser du centre ville les personnes en situation précaire vivant dans la rue pour les « réinsérer » dans des sites ruraux, dit-elle. Mais poussées par le manque de nourriture, le manque d’argent ou des problèmes de santé, les familles sont revenues en ville où elles se rendent moins visibles pour échapper au harcèlement de la police municipale. Par ailleurs, la détérioration de la situation socio-économique à Madagascar a renforcé la paupérisation, en particulier à Antananarivo où 70% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, et la différence entre les familles pauvres qui vivaient dans la rue et les autres s’est estompée.
« Il n’est ni dans le mandat ni dans les compétences d’une organisation comme MSF de se substituer à l’Etat et de prendre en charge l’accès aux soins de l’ensemble de la population pauvre de la ville », la situation la plus critique étant les cas d’hospitalisation où les populations pauvres n’ont pas les moyens de payer les médicaments, les examens complémentaires et leurs repas. L’ONG a donc décidé de mettre fin à ses activités permanentes à Madagascar mais interviendra en cas de crise majeure.
Cette situation et cette décision de MSF rejoignent les questionnements actuels de quelques ONGs et associations travaillant à Madagascar sur leur rôle et l’utilité de leurs actions dans un contexte de pauvreté croissante où les associations et ONGs pourvoient à toutes les fonctions de l’Etat dans de nombreux secteurs (voir l’article sur l’association ENM dans La Lettre n°4 du Consortium). Quels programmes continuer ? Quelle méthode adopter pour ne pas pérenniser les actions d’assistance humanitaire ? Quels principes et méthodes appliquer pour transférer le savoir-faire et renforcer les capacités de la population locale à prendre en charge sa survie et son avenir rapidement ? Arrêter les programmes en cours et retirer les seuls moyens qui permettaient à la population locale indigente d’avoir accès aux soins de santé primaire restent-ils la seule solution pour stopper le cercle infernal ? Les ONGs et les populations sont les principaux acteurs impliqués mais les autorités politiques doivent également être interpellées et remettre en question les décisions de « désengagement » de l’Etat de nombreux secteurs.

Mamy Ratrimoarivony


Enfin, on parle vraiment des prisons

La Maison Centrale de Toliara, c’est pour l’essentiel un terrain d’un hectare ou quatre cent vingt détenus passent la journée, oisifs, sans protection contre le soleil, avant d’être enfermés pendant douze heures. Les mineurs, les femmes, les fonctionnaires, et les « politiques » quand il y en a, ont des cellules spécifiques. Les autres sont entassés dans 7 cellules où ils disposent chacun en moyenne d’un demi-mètre carré. La situation dans les autres établissements est du même ordre, à en croire les rapports et les chiffres disponibles. Cette surpopulation est due largement aux lenteurs de la Justice : deux tiers des 19 000 détenus sont présumés innocents et attendent leur jugement.
L’association Médicap, qui intervient (soins médicaux, réhabilitation de bâtiments, artisanat) dans 8 prisons du Sud-Est, signale que 12 % des détenus ont un indice pondéral inférieur à 18,5, c’est-à-dire qu’ils risquent de mourir d’inanition à échéance rapprochée. En décembre, le directeur de la Maison centrale de Mahajanga ne disposait plus de rien pour ses 487 détenus après qu’ils aient consommé en plus de 100 jours les 10 tonnes de manioc dont il disposait (200 grammes par jour et par personne).
La survie de nombreux détenus est donc déterminée par les possibilités d’apports alimentaires par des organisations privées. Ce sont les différentes Caritas diocésaines qui sont les plus actives pour ce faire.
Plusieurs autres associations essayent de subvenir aux besoins élémentaires des prisonniers à Antananarivo et dans les autres provinces. Par exemple, Manarina à Taolagnaro-Fort-Dauphin, Association des amis des détenus de Tulear à Toliara, Médecins du Monde à Antsiranana. Et la fondation helvétique Dignité en Détention dans plusieurs régions pour la réhabilitation de bâtiments.
Dans les deux prisons de la capitale, l’Aumônerie Catholique des Prisons - ACP -, avec financement américain (CRS), développe un projet important d’assistance judiciaire et de sensibilisation de la population.
Les pouvoirs publics ont engagé plusieurs actions. Avec la Commission Européenne et la Banque Mondiale, un audit extensif a été effectué et a servi de base à un projet substantiel de l’assistance européenne (formation du personnel, bâtiments...). Un groupe de travail réunissant le Ministère de la justice, des bailleurs de fonds et diverses organisations privées s’est réuni à multiples reprises et propose une révision du décret de 1959 régissant la vie pénitentiaire et bien peu appliqué. Ainsi, la commission de contrôle prévue pour chaque établissement pénitentiaire n’existe pratiquement jamais.

Etienne Fallot


International. Bamako, l’autre sommet

Les 30 novembre et 1er décembre s’est tenu à Bamako un Sommet Alternatif et Citoyen Afrique France en réplique au 23ème sommet de la France-Afrique qui se tenait deux jours plus tard, à Bamako également, à l’invitation de Chirac aux Chefs d’États africains. Cet autre Sommet, à l’invitation de plusieurs associations africaines et françaises, se réunissait pour la première fois en Afrique, et ceci mérite d’être souligné et expliqué. Deux raisons majeures à cet événement :
1/ Le régime de Amadou Toumani Touré (ATT) est un régime qui a été élu dans des conditions démocratiques, le 5 mai 2002 - succédant à Alpha Oumar Konaré, deux fois réélu après 22 ans de dictature de Moussa Traoré ; il démontre qu’il peut abriter un autre Sommet, comme cela s’est passé régulièrement en France lors des précédents sommets de Chirac ou Mitterrand, à Biarritz, La Baule ou Paris.
2/ D’autre part, la société civile malienne est forte : la Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement (CAD-Mali) est une fédération d’associations ou ONG, plus de cinquante, qui organise tous les ans un Forum des peuples qui est de plus en plus fréquenté. C’est eux qui ont pris l’initiative de tenir ce Contre-Sommet, avec le soutien de Survie, du Crid, du Secours Catholique, d’Agir Ici et d’une dizaine d’associations françaises.
Le Sommet alternatif a réuni plus de deux cents personnes pendant deux jours avec des débats sérieux et soutenus, en présence de représentants des pays voisins, souvent les Ligues des Droits de l’Homme (Sénégal, Togo, Tchad, Mauritanie, Congo Brazzaville, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire). Les pratiques néo-coloniales françaises ont été unanimement dénoncées, surtout après les récentes élections contestées au Gabon et au Togo.
Les organisations présentes ont appris à mieux connaître le mouvement social malien qui a réussi à imposer le départ de Bouygues (SAUR International) qui avait bénéficié d’une privatisation de l’eau et de l’électricité il y a cinq ans, mais n’avait pas respecté ses promesses : baisse des prix et investissements lourds non réalisés. Voilà une leçon à méditer à Madagascar où la privatisation de la JIRAMA semble se faire dans la plus grande confusion...
Le choix de Bamako pour le prochain Forum Social Africain du 18 au 24 janvier n’est pas dû au hasard. Nous en parlerons dans la prochaine Lettre du Consortium.

Jean-Yves Barrère


Opinion. Stagnation et aventurisme : ethnisme et ultra-religiosité au menu

Quatre ans après le « changement » de régime amené par la confusion post-électorale de fin 2001, rien n’aura fondamentalement changé dans les pratiques politiciennes. La classe politique s’englue dans un cynique jeu de rôles déconnecté des attentes et intérêts du grand public. Les échéances électorales majeures arrivant à grands pas (ce qui aiguise les surenchères dans et entre les camps), tous les ingrédients qui ont miné le régime ratsirakien concourent à caractériser désormais - avec leurs spécificités propres, il est vrai - le système ravalomananien : 1/ un pouvoir obsédé par une légalité que ne conforte aucune légitimation par une gestion convaincante des biens publics et de l’économie (avec, notamment, une chute vertigineuse du pouvoir d’achat en à peu près un an), 2/ une majorité très tôt désertée par plusieurs ténors « déçus », 3/ un parti présidentiel (le TIM) sur le point d’imploser sous les empoignades entre « seconds couteaux », et 4/ une « opposition à sa majesté » qui ne se démarque décidément pas du libéralisme malgré ses ravages avérés et qui s’essouffle à courir après un fantasmatique partage du pouvoir euphémiquement appelé « Transition »...
Un retour à la case départ des six premiers mois de 2002 se dessine avec l’ethnisme et la religiosité au menu : d’un côté, une ethnicisation potentielle des enjeux politiciens après les exclusives réservées à l’« opposition » dite-3N à Antananarivo (interdiction de son meeting du 22 novembre et casse de celui du 17 décembre, alors que ses initiatives du même type dans les cinq capitales provinciales ont été autorisées) ; de l’autre, une collusion électoraliste de Marc Ravalomanana et d’un FFKM (Conseil œcuménique des Eglises) déjà considéré de fait comme « corps constitué » puisque les chefs religieux ont pu discourir, mais pas le premier ministre ni le président de l’Assemblée nationale, lors de la cérémonie des vœux pour le nouvel an à la présidence... Tout cela, en toute hypothèse, au détriment de la démocratie et de la laïcité. Trop tard pour celles-ci donc ? Peut-être ! Mais l’histoire a déjà montré qu’« impossible n’était pas (toujours) malgache »... J.-C. Rabeherifara


Les « bienfaits » de la colonisation : une provocation révisionniste

29 novembre 2005 : avec le vote négatif de la majorité UMP, l’Assemblée nationale a refusé de modifier la loi 2005-158 du 23 février 2005, portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés, loi qui stipule notamment en son article 4 que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».
À l’analyse, cette loi du 23 février 2005 procède d’une entreprise revancharde et fantasmatique de négation et de réécriture de l’histoire coloniale. Elle est à la fois une insulte à la mémoire des générations d’hommes et de femmes de par le monde écrasés par le joug colonial et une indignité faite au peuple français. En fait, dans cette affaire, une propagande nauséabonde à visée électoraliste, articulée d’ailleurs à une stigmatisation des immigrés et des Français d’origine étrangère, se nourrit d’unmensongehistoriqueéhonté pour justifier un révisionnisme colonialiste qui veut dans la foulée que le législatif dise l’histoire, donc impose une « histoire officielle » niant par là le travail même des historiens.
Il est insupportable à un esprit humaniste que l’on puisse arguer d’un quelconque « bienfait » de la colonisation, tant il est évident que l’œuvre coloniale a été, à l’encontre de peuples entiers, un mélange de crimes monstrueux, d’agressions militaires et de répressions meurtrières, de tortures, d’humiliations, de brimades, d’expansionnisme économique brutal et de pillage des ressources, de prosélytisme religieux etc. au nom d’une prétendue « mission civilisatrice ». Le système colonial d’exploitation a fait construire, par les « indigènes », des infrastructures (routes, voies de chemin de fer, ports etc.) parce qu’il en avait besoin. Il a fait soigner des « indigènes » parce qu’il avait besoin d’eux comme main d’œuvre. Il en a scolarisé certains parce qu’il avait besoin d’un encadrement supplétif local.
Il faut le rappeler : la colonisation a violé et interrompu les processus historiques dans les continents qu’elle a asservis. De ce fait, une politique française vis-à-vis de l’Afrique basée sur une véritable coopération mutuellement profitable aux peuples africains et français, et non plus sur des rapports de domination et d’exploitation, imposerait aujourd’hui à l’ancien colonisateur un devoir de respect national et de responsabilité : cela passe, en l’occurrence, par l’abrogation immédiate de la loi, odieuse et de honte, dite du 23 février 2005.

Jean-Claude Rabeherifara


Participation du Consortium à un « Jeudi de la Solidarité »

Solidarité Laïque, un très important réseau d’associations et d’ ONG françaises dans le secteur de l’Education (syndicats, mutuelles, parents d’élèves, coopératives, Ligue de l’enseignement...) mène depuis plusieurs années des campagnes de solidarité dans les pays du Sud. Il organise cette année, après le Maroc, Haïti, le Sénégal... une action « Un cahier, un crayon » pour les enfants de Madagascar : la collecte a duré toute l’année 2005, l’envoi et la distribution à Madagascar s’effectueront en avril 2006.
Le Consortium de Solidarité avec Madagascar s’est associé à ce programme en cours de route et a participé le 20 octobre dernier au Jeudi de la Solidarité sur le thème « Lutter contre la pauvreté, quelles solidarités avec Madagascar ? »

- Pascal Blanchard, historien et chercheur, a parlé de La fracture coloniale (La Découverte, 2005), livre qu’il a co-dirigé et qui traite de la société française au prisme de l’héritage colonial.

- Didier Mauro a présenté au public le DVD-rom pédagogique Madagascar : Une journée à l’école avec Ziva qui comporte un film accompagné d’un dossier pédagogique.

- Michèle Rakotoson a parlé d’un projet d’édition de livres bilingues
Au cours du débat qui a suivi, la représentante du Consortium, Mamy Ratrimoarivony, a développé l¹histoire récente et les objectifs du Consortium. Elle a insisté sur l’existence à Madagascar d’une Plate-forme des Organisations de la Société Civile qui regroupe plusieurs centaines d’associations et organisations de citoyens des six provinces : celle-ci a été formalisée lors d’ une Convention nationale qui s’est tenue en juin 2005 ; elle a insisté sur la nécessité de partir des besoins identifiés et exprimés par les populations et associations locales dans la mise en place de projets de solidarité Nord-Sud pour que les actions, méthodes et pratiques atteignent leurs objectifs et ne se heurtent pas à des problèmes d’incompréhension ou à des obstacles d’ordre culturel...
Elle a rappelé l’importance d’éviter la charité et l’assistanat car la méthode participative, désormais souhaitée par de nombreuses structures sur place dans divers domaines, montre que les populations locales possèdent des richesses, connaissances et expériences surprenantes qu’il faut valoriser, notamment dans le secteur scolaire.
« Il faut favoriser le partenariat visant le renforcement des capacités des populations et organisations locales et la création d’activités génératrices de revenus à long terme », a-t-elle affirmé en expliquant que pour Solidarité Laïque il s’agissait bien sûr d’évidences. Mamy Ratrimoarivony, au nom du Consortium, a conclu son intervention sur deux remarques :

- Le suivi des actions ainsi que la transparence concernant l’utilisation des dons et des fonds, l’identification des bénéficiaires constituent des points majeurs dans l’amélioration des échanges et les capacités de gestion au cours des partenariats dans le cadre des actions de solidarité dans la lutte contre la pauvreté.

- Pour des raisons historiques, la France est toujours le principal « partenaire » économique de l¹Etat malgache, mais depuis 2002 les dirigeants manifestent une plus grande ouverture pour d¹autres pays. Par ailleurs, la dépendance financière de Madagascar par rapport aux institutions financières internationales telles que la Banque Mondiale, et le Fonds Monétaire International rend les marges de manoeuvre du pays tellement limitées que l¹on peut parler d¹une nouvelle forme de colonisation de Madagascar par les bailleurs de fonds.

Mamy Ratrimoarivony


Les associations du Consortium. Survie

L’association Survie est membre du Consortium de Solidarité avec Madagascar depuis la création de ce dernier à l’automne 2002. Elle y a été représentée pendant plus de deux ans par son Président, François-Xavier Verschave, qui suivait avec grand intérêt la mise en place d’une organisation de la société civile malgache. Son décès, le 29 juin 2005, n’a pas empêché l’association de poursuivre la voie qu’il avait tracée, celle d’une dénonciation méthodique des collusions mafieuses entre le gouvernement français et les dictatures africaines.
A la rentrée de septembre 2005, Survie (qui compte actuellement 1700 adhérents répartis en 20 groupes locaux, et sympathisants) prolonge plusieurs chantiers majeurs. Ainsi contre le soutien de la France aux dictateurs, avec la publication d’un dossier noir sur le Togo et un rapport sur les élections présidentielles, l’initiative d’une lettre ouverte sur le Tchad, mais aussi l’organisation à l’automne d’une « quinzaine internationale contre la Françafrique » et la co-organisation des rencontres citoyennes de Bamako (30 novembre-1er décembre) où 3 représentants de Survie étaient présents, en contrepoint du sommet officiel « Afrique-France ».
Parallèlement, le travail de la commission d’enquête citoyenne au sujet de la complicité française dans le génocide des Tutsi au Rwanda se poursuit activement. Par ailleurs, les études sur les Biens publics mondiaux ont abouti à la parution de deux livres sur le transport maritime et les télécommunications, et Survie participe activement à la constitution d’une « Plate-forme des ONG françaises contre les paradis fiscaux et judiciaires », pilotée notamment par Survie, Attac, le CCFD, Transparence internationale et le Secours catholique. Un week-end de réflexion stratégique de l’association a eu lieu à Lyon les 10 et 11 décembre, qui a confirmé ces orientations et suggéré de nouvelles pistes. L’actualité de l’association peut être consultée sur www://survie-france.org

Claire Riffard


La FAFED - Tamatave, une association dynamique et efficace sur le terrain

La Fédération des associations « Femmes et Développement » - FAFED - de Tamatave est l’une des associations dynamiques membres du Réseau DRV (Dinika sy Rindra ho an’ny Vehivavy ou Comité de Concertation et de Coordination des associations et ONG/Femmes de Madagascar) et de la Plate-forme des organisations de la Société Civile de Madagascar. L’association vise la promotion des femmes, le soutien et l’appui aux mères ainsi qu’à leurs enfants, le bien-être de la famille malagasy et la lutte contre la pauvreté pour l’épanouissement de la société en général. Sa devise est « faire beaucoup et mieux avec le peu qu’on a ».
Le rapport d’activités 2004 dont nous disposons décrit le nombre de collaborateurs impliqués dans chacune des activités, les localités et l’effectif des bénéficiaires des différentes actions ainsi que le nom des organismes ou associations partenaires, mais nous ne pourrons pas tout développer dans cet article.
Dans le domaine de la santé, la FAFED-Tamatave revendique le retour à la gratuité des soins pour les personnes les plus démunies et a entrepris diverses activités concrètes dans la lutte contre la malnutrition en exploitant les produits locaux, contre les vers intestinaux, contre la tuberculose, le paludisme et les IST/VIH/SIDA.
Au niveau de l’éducation, des écoles primaires publiques ont dû fermer leurs portes faute de budget, d’instituteurs ou de locaux comme dans les autres provinces - les écoles détruites par les cyclones par exemple n’ont pas été réhabilitées. Par ailleurs, en raison de leur pauvreté extrême, de nombreux parents n’ont plus réussi à assumer les dépenses nécessaires et ont arrêté de scolariser leurs enfants. L’association a aidé les parents à payer différents frais et a distribué des livres et du matériel scolaire.
Dans le volet « Environnement » et dans la lutte contre la déforestation, la FAFED a, d’un côté, sensibilisé les paysans aux méfaits des feux de brousse et les a encadrés au cours d’activités de reboisement intensif, et de l’autre, a participé à l’« Opération fatam-pera Vitogaz » en proposant aux paysans au moins une solution de rechange contre l’utilisation du bois de chauffage.
Les membres de l’association ont évidemment oeuvré dans le secteur « genre et développement » pour l’égalité entre les hommes et les femmes dans la lutte contre la pauvreté en conscientisant les parents à la nécessité de la scolarisation des filles en milieu rural et en dispensant des enseignements sur la santé reproductive aux jeunes filles. La population, les élus locaux et les Ray aman-dreny ont également été sensibilisés aux bienfaits de la participation de la femme aux prises de décision et aux postes de responsabilité au niveau des communes.
Enfin, dans le domaine de la bonne gouvernance, la FAFED a collaboré avec la CNOE (Comité national d’observation des élections) et Transparency International dans l’information et la sensibilisation des composantes de la société civile sur les effets néfastes de la corruption, facteur d’accroissement de la pauvreté. Elle a mobilisé les parents à inscrire les enfants à la mairie à leur naissance, a incité les chefs de fokontany à procéder à un recensement de leurs ressortissants et a aidé des dizaines de citoyens à se procurer des photos d’identité afin de renouveler ou se procurer une carte d’identité.
Nous souhaitons encore plus d’initiatives et de réussite à toute l’équipe de la FAFED de la province de Toamasina !

Mamy Ratrimoarivony


Brèves

Participation à la SSI (Semaine de la Solidarité Internationale) en Auvergne
Ravenala, une association malgache de Clermont-Ferrand, a organisé une manifestation festive à Romagnat le 12 novembre. Cela a donné au Consortium la possibilité de se présenter et d’insister sur l’ardente obligation dans ce pays de travailler avec la société civile, en voie de structuration grâce à la Plate-forme de la Société civile malgache récemment créée
De la même manière, le Consortium est prêt à envisager toute opportunité d’intervention dans des manifestations où il aurait la possibilité de présenter ses idées sur le très grand intérêt de la collaboration entre sociétés civiles malgache et française telle qu’elle peut être mise en œuvre par la Plate-forme de la société civile malgache et le Consortium.
Les bio-carburants pour tenter de diminuer le poids de la facture pétrolière
Produire à grande échelle des graines d’oléagineux locaux, le jatropha, le savoa et l’atratra, et en obtenir de l’huile avec laquelle alimenter des moteurs diesel : voilà le projet qui se met en place à Toliara et qui devrait être en exploitation en 2006. À raison de 50 tonnes/jour, cette raffinerie serait un apport substantiel à l’économie de la région.
Sortie de deux DVD : Tankafatra et Mahaleo

* Tankafatra est un documentaire qui donne à voir un famadihana (cérémonie traditionnelle de renouvellement des linceuls, connue sous la dénomination « retournement » des morts)... Tankafatra, littéralement « là où on laisse des messages », est le nom de la circonscription à laquelle est rattaché le village où s’est tenu le famadihana que Hery Rasolo a filmé. Mais Hery Rasolo n’a pas fait là l’énième et sempiternel documentaire sur le famadihana. Construit délibérément selon des principes, structures et composantes de l’oralité malgache, son film nous livre un regard anthropologique exceptionnel, plein de tendresse et d’humour sur un univers et un ensemble de pratiques et de sens, le tout bien en cohérence et avec la complicité des paysans du cru - provenant de partout dans la région - qui causent, rient, festoient, draguent, dansent (le kidodo, entre autres) et se régalent de Hira Gasy joué par deux troupes de référence. On apprend énormément dans ce film qu’ouvre énergiquement le magistral opus « Mondialisation ? » de Sareraka : manière de rappeler d’emblée les termes des débats et combats d’aujourd’hui. La page http://homepage.mac.com/hery_rasolo/ donne deux courts extraits de ce DVD (Adsl requis). (Tankafatra a figuré dans les sélections officielles des festivals 2005 de La Rochelle, d’Amiens etc.) Le DVD coûte 15 euros [ en dépôt-vente, jusqu’à épuisement du stock, à SoaMad (Solidaires avec Madagascar) / contact : soamad@free.fr ]

* Mahaleo , le documentaire de C. Paes et R. Rajaonarivelo (film donnant les portraits croisés, intimes et poétiques, d’un Madagascar hors-clichés et combatif et de Mahaleo, légende vivante du blues malgache, groupe atypique qui a constamment cheminé avec les gens de peu et les « nouveaux mouvements sociaux » depuis « mai 72 » et dont les sept membres ne vivent pas de leur musique mais de leurs métiers respectifs (cf. Lettre du Consortium, n°1, avril-mai 2005) sort en DVD (1h38 + bonus de 30 min.) au prix de 30 euros. Renseignements et ventes : Laterit Productions : 9, rue de Terre-Neuve 75020 Paris (France) / tél. : (33.1) 43.72.74.72 / fax : (33.1) 43.72.65.60 / laterit@laterit.fr / http:/www.laterit.fr / www.mahaleo.com

La position des ONG vis à vis des pouvoirs politiques

Nous traitons par ailleurs dans un bref article (voir plus haut) des problèmes rencontrés par MSF à Tananarive et son départ annoncé à la mi-2005. Question qui rejoint les discussions (voir La Lettre n°4) menées au sein de l’association ENM (Echanges non marchands), membre du Consortium. Pour alimenter ce débat nous voulons encourager nos lecteurs qui ont du temps, à se procurer et lire le numéro 34 de la revue Vacarme que l’on peut trouver en vente dans les bonnes librairies, listées sur le site . Le thème général de ce numéro d’hiver est la politique non gouvernementale. L’édito précise les choses : "Faire de la politique sans aspirer ni à gouverner, ni à promouvoir de bons gouvernants, ni à abolir la différence entre gouvernants et gouvernés : tel est le programme auquel se rapporte la notion de politique non gouvernementale. S¹y tenir implique donc de renoncer à investir la place du gouvernement, que ce soit aux fins de l¹occuper, de la supprimer ou d¹y installer des dirigeants enfin dignes de leur mission. Pour autant, s¹adonner à une telle forme d¹activisme ne revient pas à se retirer de la politique. Sans doute les préoccupations morales et les compétences scientifiques ou techniques ne sont-elles pas étrangères à la politique non gouvernementale. Il reste que celle-ci ne se laisse assimiler ni à une philanthropie indifférente aux joutes qui divisent la cité ni à une expertise étrangère aux rapports de pouvoir dont une société est parcourue. Bref, comme son nom l¹indique, la politique non gouvernementale n¹est pas plus apolitique que gouvernementale. Située de la sorte, elle peut alors être envisagée comme une politique de gouvernés, voire comme la politique pratiquée par les gouvernés en tant que tels."
Ce journal épais, plus de deux cents pages, est d’une lecture difficile mais salutaire.

|Consortium de solidarité avec Madagascar - La Lettre 176 rue de Grenelle 75007 Paris - tél. 01.45.34.58.48 - e-mail : lalettre_mada@yahoo.fr | |Ont participé à la rédaction de ce numéro : J.-Y. Barrère, O. Blamangin, E. Fallot, J.-C. Rabeherifara, M. Ratrimoarivony, C. Riffard, J.-F. Hérouard.|

 
 

 
 

 
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