Tout déplier Tout replier

 
 

1.3. Diaspora malgache

 

Diaspora malgache

Tafika Rakotomavo [ Hetsika Diaspora-France et FORIM (Forum des Organisations de solidarité internationale issues des migrations ]

Je dois mon intervention de ce jour à Hetsika diaspora France, une association qui a, à son actif, la mise sur pied d’un réseau regroupant diverses associations malgaches. Réseau dont la mission est d’accroître et de promouvoir la contribution des Malgaches de la diaspora au développement de Madagascar.

Invité à ce colloque également, le Forum des Organisations de solidarité Internationales is-sues des Migration (FORIM), plateforme nationale des fédérations et collectifs d’OSIM ayant pour principale activité l’intégration des migrants ici et la réalisation de projets le développement dans leurs pays d’origine (pays d’Asie, d’Afrique et Haïti). Le bureau du FORIM m’a donné mandat et j’en profite pour vous apporter les salutations de son Président Mustapha BOURAS ainsi que ses vœux de réussite au Consortium de Solidarité pour Madagascar. Retenu par d’autres obligations parallèles, Le Président vous prie d’accepter ses excuses de ne pouvoir participer à ce colloque sur la souveraineté et le développement de Madagascar.

Les propos que je vais présenter au cours de ce colloque seront plutôt proches des travaux réalisés par les instances associatives européennes partenaires du FORIM ; Hetsika diaspora représentant Madagascar au sein de cette plateforme.

Aussi, au lieu de rester cantonné à l’intérieur de nos rivages, à méditer sur la stérilité de notre souveraineté nationale, la diaspora malgache gagnerait à mieux se structurer afin d’apporter sa contribution à un développement basé sur l’intégration de notre île à son environnement régional (géographique et économique).

Compte tenu des échecs de la coopération actuelle en matière de développement ainsi que des défis lancés à l’Afrique par la mondialisation :
- Quelle valeur ajoutée la société civile de la diaspora malgache apporte-t-elle pour sa souveraineté nationale ?
- Avec quels moyens la diaspora africaine peut-elle soutenir les efforts d’intégration régionale de l’Afrique. La souveraineté comme critère d’Etat, le sujet a été excellemment soutenu par l’intervenante qui m’a précédé, notamment sur des notions de droit constitutionnel et droit international public et je n’y reviens pas. Dans le cadre de ce colloque, il s’agit entre autres, d’un moyen (un pouvoir) nécessaire afin de maîtriser les ressources naturelles, un moyen de développer le pays.

La souveraineté pour un pays isolé comme Madagascar n’apporte pas grand-chose, l’histoire économique et politique est là pour l’attester. La mondialisation entraîne des défis tant techniques que politiques pour Madagascar, pour tout le continent africain, et exige de la part de la diaspora africaine non pas des actions disparates et isolées mais plutôt des réponses globales et concertées :
- sur le plan technique (exploitation des connaissances et compétences techniques acquises par les groupes et acteurs concernés) ;
- sur le plan politique (mise en place d’une société civile africaine mondiale) propres à amener les institutions et les acteurs majeurs, qu’ils soient ou non Africains, à rendre des comptes).

Toutefois, ayant quitté son pays et loin de ses réalités, nous pouvons d’abord, nous poser la question de savoir quelle légitimité pour la diaspora de se préoccuper de cette souveraineté et surtout quelle valeur ajoutée la diaspora peut-elle apporter au développement de son pays d’origine ?

Nous devrons ensuite aussi analyser la structure et les organisations de la diaspora africaine présentes en France et dans les autres capitales européennes afin de, une fois encore, nous permettre de comprendre ses problèmes

Enfin, pendant longtemps, les pays européens les plus nantis, ont utilisé l’aide au développement comme un outil de réalisation des objectifs de leur politique étrangère et non comme une fin en soi. Par conséquent, les échecs de la coopération actuelle en matière de développement, ainsi que les défis lancés à l’Afrique par la mondialisation nous poussent à évaluer (tant en Europe qu’en Afrique) :
- l’engagement de la diaspora au sein des instances de décision s’occupant du développement en Afrique ;
- les contradictions éventuelles à redresser.

Nous conclurons en soulignant quelques programmes d’action qui pourraient être mis en œuvre.

1. L’histoire de la diaspora africaine et sa relation avec les idéaux panafricanistes La fierté d’être malgache apparaît davantage lorsque le malgache sort de son île. Dans le même registre, « on ne perçoit l’Afrique comme entité qu’après l’avoir quittée ». En d’autres termes, on commence souvent à se sentir « africain » après avoir quitté sa maison, son village, sa ville et son pays, en Afrique, pour s’installer dans un pays du Nord, qui a en général une longue histoire de discrimination raciale institutionnalisée vis-à-vis des populations d’origine africaine. A tous ceux qui s’intéressent à l’intégration régionale de l’Afrique, un survol de l’histoire rappellera le rôle important que la diaspora africaine a joué dans l’élaboration du panafricanisme ainsi que dans les luttes panafricaines pour la libération, l’indépendance. Des Africains sont installés depuis plusieurs générations dans leurs pays d’accueil et cela fait longtemps qu’ils se sont organisés pour aider au développement de l’Afrique. Deux exemples permettent d’illustrer ce point : 1. Au XVIIIe siècle, grand moment de l’histoire de l’Afrique, un esclave affranchi, Gustavus Vassa, a été le premier dirigeant politique de la communauté noire de Grande-Bretagne et un anti-esclavagiste de premier plan qui a fait le tour de l’Angleterre, de l’Ecosse et de l’Irlande, pour faire campagne en faveur de l’abolition de l’esclavage. En fait, ces activités ont, dans un certain sens, donné naissance au mouvement de la société civile moderne et à la création de la première organisation non-gouvernementale (ONG) : la Société anti-esclavagiste.

Par ailleurs, même si les problèmes actuels sont plus diffus, la volonté d’agir de-meure. En effectuant des transferts de fonds par le biais de diverses organisations, les Africains de la diaspora (Comoriens, Maliens, Sénégalais...) sont en fait les donateurs les plus importants de l’Afrique contemporaine. Le « meilleur produit d’exportation » se-lon leur Président Musevini, les Ougandais rapatrient 400 millions de dollars chaque année, montant qui est supérieur aux recettes d’exportation du premier produit agricole de ce pays : le café. Ainsi donc, l’attachement des nouveaux groupes de la diaspora africaine à l’Afrique et à son développement ne devrait pas se poser, et de là découle leur légitimité à s’occuper de « ce qui les regarde ». Afin de nous permettre de mieux comprendre leurs problèmes, nous essaierons d’analyser comment se sont structurées les organisations de la diaspora africaine présentes en France et dans les autres capitales européennes ?

2. Politique de développement : villagisme ou panafricanisme Nous nous intéresserons essentiellement aux organisations de la diaspora africaine qui s’occupent de développement. Il convient toutefois de noter que de nombreuses organisations africaines contribuent tout autant, au bien-être de leurs membres vivant au pays d’accueil, qu’au développement de leurs régions d’origine. Il est courant par exemple que, dès sa création, une organisation privilégie la satisfaction des besoins de ses membres vivant au pays d’accueil. Ainsi l’Association des Etudiants d’Origine Malgaches (AEOM) s’est consacrée à la fourniture d’informations vitales sur les services disponibles, les droits juridiques, le logement, la santé, les études universitaires etc. la fourniture d’un soutien culturel. Elle a cherché surtout à encourager la circulation de l’information ainsi que de bonnes relations au sein de la communauté. Par la suite, lorsque les membres sont mieux installés et établis, ils ont pu s’occuper du développement du pays.

La plupart des associations qui ont été créées sont du style : association d’anciens élèves (St-Michel) ; association religieuse (jeunesse chrétienne ou islamique) ; association des originaires d’un même village (Ambohimalaza) ; association des originaires d’une même ville (Antsirabéens) ; association des originaires d’une même province (Diégo-Suarez), groupe de femmes (Alliance Internationale des Femmes de Madagascar et d’Europe)...

A la lumière de cette liste, les préoccupations et le modus operandi de la plupart des organisations semblent bien éloignés des réseaux puissants de connaissances - Forum social africain ; African Foundation for development (AFFORD) ; Coordination SUD ; FORIM...) qui s’occupent de grands problèmes d’intégration régionale de l’Afrique. Cependant, c’est bien souvent à travers ces organisations diffuses que les Africains de la diaspora honorent leurs responsabilités civiques. Si les membres ont des compétences professionnelles et une expérience, ils les mettent généralement au service de ces organisations. Par exemple, les membres de l’Association ASASOA qui comptent, parmi eux, des ingénieurs informatiques au sein de grandes SSII françaises, ont recours à leurs connaissances et compétences en matière de TIC pour organiser, à Antananarivo, des séminaires sur l’importance stratégique des TIC pour le développement du pays et ont créé un centre de formation sur cette activité. Une des membres influents de l’Association MASOVA – une organisation qui porte assistance au peuple de la région Est, - utilise ses compétences pour mener des actions dans le domaine de la santé, en vue de la mise en œuvre de projets organisationnels dans sa région d’origine. De même, une écrivaine membre de Hetsika diaspora France met ses compétences en matière d’édition, au service de l’association et de la relance de l’édition de livres de contes pour enfants à Madagascar.

3. L’échec de la politique d’aide au développement et la mondialisation Si les Africains de l’étranger sont si occupés à soutenir leurs proches parents et amis restés au pays, quel intérêt peuvent-ils avoir pour les efforts d’intégration régionale, processus qui semble, du moins, très loin de leurs micro-préoccupations aux niveaux des ménages, des communautés urbaines et villageoises ? On peut se demander dans ce cadre justement, pourquoi, dans l’hémisphère nord, les Africains n’ont pas créé l’équivalent européen de l’African Finance and Economies Association (AFEA), basée aux USA, dont les membres sont essentiellement des professeurs d’université nés en Afrique mais qui travaillent aux États-Unis. L’AFEA publie une revue spécialisée, organise des ateliers et des séminaires et recherche la collaboration de collègues d’Afrique. Toutefois, les facteurs qui ont mené à la création de l’AFEA, tels que :
- l’isolement ;
- la crainte que les recherches soient coupées des réalités africaines ;
- le sentiment de perdre le contact avec les réalités du pays d’origine ;
- le désir de reprendre contact, et si possible, de commencer à s’attaquer aux problèmes de l’Afrique. Ces facteurs sont tous ressentis dans les capitales du vieux continent. Alors, les Africains enseignant dans les universités européennes ne sont-ils pas suffisamment nombreux pour soutenir de tels efforts en grand nombre ? Il est de notoriété public que les actions isolées ont échoué, que des liens forts existent en-tre les problèmes locaux, régionaux et mondiaux. La distinction entre intégration régionale et panafricanisme, quelles qu’en soient les diver-ses variétés, est certes complexe et nous ne devons pas faire l’amalgame. Il semble néan-moins juste de dire que certains sympathisants panafricanistes verront, dans les politiques d’intégration régionale, des outils permettant de réaliser les objectifs fixés.

En résumé, a) Malgré sa diversification, la diaspora africaine contemporaine est bien placée pour continuer à faire vivre une longue tradition et contribuer, de manière efficace, aux idéaux et aux luttes panafricanistes ainsi qu’à l’intégration régionale de l’Afrique pour son développement ; b) Toutefois, il faudra continuer, au niveau politique, à sensibiliser d’urgence la diaspo-ra africaine aux liens qui existent entre les problèmes locaux, régionaux et mondiaux ; c) La diaspora africaine basée dans les pays du nord s’est considérablement diversifiée au cours des dernières années et elle s’est concentrée dans les capitales, centres ma-jeurs de la puissance mondiale ; cela lui permet d’avoir un impact plus grand que le nombre de ses membres ou ses ressources ne le laissaient espérer ; d) La diaspora africaine en Europe en général et en France en particulier, est structurée sur des bases identitaires (l’ethnie, la terre d’origine, la région) mais ces organisations apparemment particularistes recèlent des connaissances très étendues et constituent des réseaux dynamiques de connaissances ; e) Bien que ces réseaux dynamiques de connaissances professionnelles aient, sans nul doute, un rôle majeur à jouer dans le développement et l’intégration régionale de l’Afri-que, il ne faut pas négliger les organisations plus diffuses qui bénéficient d’un vaste soutien et d’une véritable légitimité auprès des membres de la diaspora africaine ; f) Les organisations de la diaspora africaine ont, en fait, prouvé leur capacité de travailler en réseau et de collaborer dans la poursuite de leurs objectifs spécifiques, de sorte qu’elles sont à même de soutenir l’intégration régionale de l’Afrique ; g) La mondialisation entraîne des défis tant techniques que politiques pour l’Afrique et exige de la diaspora africaine des réponses techniques et afin d’amener les institutions et acteurs majeurs, qu’ils soient ou non Africains, à rendre des comptes ; h) En ayant une vision et des objectifs communs, nous devons déterminer comment la diaspora africaine peut soutenir un leadership africain éclairé et progressiste et l’amener à rendre compte de la mise en œuvre de programmes et d’activités convenus ; i) Des réseaux spécialisés et dynamiques dotés de connaissances et de compétences techniques requises doivent s’intéresser aux acteurs de l’Afrique et de la diaspora, en vue de renforcer leur connaissance des problèmes d’intégration régionale et leurs capacités en la matière ; j) La diaspora africaine, (organisations diverses, réseaux de connaissances spécifiques et individus) a un rôle à jouer aux niveaux national, sous-régional, régional et mondial pour soutenir les efforts d’intégration régionale de l’Afrique ; k) Un programme d’action doit comporter une vision africaine commune ; la création de la diaspora de l’Union africaine ; l’institutionnalisation de la participation de la diaspora ; l’identification des acteurs de la diaspora ; la création d’un observatoire pour l’intégration régionale ; la promotion de l’excellence ; le pilotage des programmes à partir de l’Afrique ; la recherche d’une solution à l’exode des compétences ; la création de groupes de pression pour sensibiliser le Gouvernement du pays d’accueil ; la création d’un groupe de bénévoles ; la formation de la prochaine génération d’Africains de la diaspora ; la mise à contribution des retraités de la diaspora africaine.


 

1.3. Diaspora malgache - Diaspora malgache
Fichier PDF - 58.6 ko
 
 

 
 

 
Accueil     |    Plan du site     |    Espace rédacteurs     |    Se connecter