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2.2. LE SECTEUR MINIER À MADAGASCAR

 

2.2. LE SECTEUR MINIER À MADAGASCAR

par le Groupe de travail CdSM sur les ressources


Le pays présente de grandes potentialités minières qui ont été peu exploitées jusqu’à présent.

- Place actuelle dans l’économie malgache

En 2006 le secteur ne représentait que 0,6 % du PIB (et encore, en comptant la production de ciment et de matériaux de construction) même si on estime qu’il employait de 100 000 à 500 000 personnes (soit de 1 à 5 % de la population active), principalement dans le secteur informel (orpaillage, pierres …).

Les minerais sont exportés, le pays importe les produits finis.

- Infrastructures à Madagascar

L’état dispose d’un ministère des mines et énergies (MEM), d’un service de cadastre minier (BCMM), de l’appui ponctuel d’un service public d’étude géologique (BRGM, France) et de lois bien définies encadrant le secteur. Lors de la phase d’exploitation, l’état, par l’intermédiaire de l’OMNIS, s’associe avec les exploitants dans une joint-venture en prenant une participation minoritaire à hauteur de 20%.

L’université propose des formations théoriques en chimie minérale et en géophysique jusqu’au doctorat, et des formations pratiques jusqu’au mastère. Cependant seuls 2% des malgaches ont un diplôme du supérieur.

Le manque d’infrastructure routière, ferroviaire et portuaire sont les raisons souvent avancées pour expliquer le manque d’intérêt du secteur privé jusqu’à récemment. L’application de réglementations minières et environnementales cohérentes, jugées peu favorables à l’investissement par les instances internationales, y est sûrement aussi pour quelque chose : le projet de QIT, par exemple, a été lancé en 1987 et a du manœuvrer longuement avec les contraintes environnementales (forêt sèche d’épineux) et sociales, avant de pouvoir finalement démarrer en 2001.

- Évolution de la politique malgache concernant les ressources minières

*) période pré-coloniale : un embryon de sidérurgie existe à Mantasoa (industrie de l’armement, royale), les gisements de bitume sont connus sans exploitation industrielle.

*) Les ressources exploitées pendant la période coloniale et post-coloniale sont le Charbon, le Mica, le Graphite, le Thorium, l’Uranium et le Chrome, et sont toutes exportées. Production d’électricité hydraulique (Mantasoa est inondé à l’occasion). L’exploitation de l’Uranium a eu lieu dans des petites mines qui s’épuisent rapidement. Le Thorium n’a rapidement plus d’application dans l’industrie nucléaire (absence de sous-produits militaires).

*) 2ème république : En 1975, les exploitations minières, exceptées celles de Mica et de Graphite, sont nationalisées. L’état n’a pas réussi à développer leur exploitation (le gisement de charbon de Sakoa a même été abandonné) et n’a pas mené de politique d’industrialisation lourde durant la période ’socialiste révolutionnaire’ (envisageable à Sakoa). Très vite, le gouvernement essaie de développer les exploitations minières et pétrolières, en attirant y-compris des compagnies privées et étrangères (création de l’OMNIS dès 1976), mais sans résultats probants.

*) 3ème république : Avec la ruée sur la pierre de la fin des années 90, le secteur minier informel, qui pouvait compter 10 000 orpailleurs dans tous le pays, grossit fortement, pour atteindre jusqu’à 60 000 personnes en 2006 rien qu’à Ilakaka.

Le secteur est finalement encadré, des concessions sont allouées à des entreprises nationales ou étrangères et une nouvelle réglementation voit le jour sous la présidence Ravalomanana (permis P et/ou R pour les entreprises, PRE pour les artisans). Ces nouvelles lois sont réputées peu favorables aux petits exploitants.

Une politique active de développement de ce secteur de l’économie est engagée lors de cette période, dans le cadre de la mise en place du Madagascar Action Plan. Les règlements afférents aux secteurs minier et pétrolier sont révisés pour attirer les opérateurs étrangers. Les compagnies sont exemptées de taxes de douanes, d’impôts directs et indirects (TVA, taxe pétrolière) les premières années. Ce type de politique était souhaitée au moins depuis les années 90 par les instances internationales. Madagascar fait la publicité à l’étranger de ses ressources par différents canaux : consulats, interview et publi-reportages dans les journaux spécialisés et la presse de référence. Cette politique correspond à un nouveau contexte international qui avec l’augmentation générale des prix des matières premières (métaux non ferreux, énergies, puis aciers) voit la généralisation de la prédation sur les ressources, même dans des pays protégés par leur isolement comme Madagascar (qui devient aussi moins excentré avec la demande des pays asiatiques, pays dont sont issues nombres de sociétés prospectant actuellement à Madagascar ).

Cette période voit la concrétisation de 2 projets : QMM (Ilménite = un pigment blanc, minerai de Titane, Zircon) en 2009 à Fort Dauphin, et Sheritt à Ambatovy prévu fin 2010 (Nickel, Cobalt, Sulfate d’ammonium = précurseur d’engrais). Les nouveaux opérateurs qui prospectent le pays ont des comportements beaucoup plus volatils (changements de stratégie, rachats) et il est souvent difficile de connaître la sincérité d’annonces tonitruantes concernant le potentiel d’un gisement ou même d’un minerai.

Parallèlement, la puissance publique lance des processus de transparence (EITI, PRGM).

La société civile s’implique dans le processus EITI en 2004. L’opposition des syndicats à la façon dont sont conduits les projets dès 2005 (FISEMA) est reprise par une portion plus large de la société civile, fin 2008, et constitue un des motifs de la contestation de la présidence Ravalomanana.

*) un arrêt de cette politique a été annoncé début 2009, à la prise de pouvoir de Rajoelina, pour inventaire. Cette trêve semble prendre fin (annonce dans ce sens de la ministre du MEM en janvier 2010) sans que l’on connaisse les résultats des études sur les contrats passés lors de la période précédente. Les projets très avancés de ré-ouverture du gisement de charbon à ciel ouvert de Sakoa et d’exploitation du Fer à Soalala sont notamment cités.

- Perspectives

On voit que le pays qui a été un exportateur de combustibles fissibles et carbonés fossiles dans le passé, le sera sans doute à nouveau. Or actuellement Madagascar fait face à une crise énergétique qui contribue à détruire son patrimoine naturel (la seule énergie domestique accessible à la population est le charbon de bois) et à saboter son développement (le patrimoine naturel est l’attrait du tourisme malgache, les délestages sont désastreux pour l’industrie, et le coût et disponibilité de l’électricité et de l’eau potable handicapent les habitants). Paradoxalement, il n’est pas du tout acquis que cette production réduise la crise énergétique à Madagascar, elle semble destinée totalement à l’exportation. Ainsi la proposition du WWF en 2007 de production de briquette de charbon en partenariat avec un des 2 exploitants potentiels du charbon du gisement de Sakoa est restée lettre morte. Les potentialités hydro-électriques restent très sous-exploitées (0,1 sur 14 Gwh) et pourraient être utilisées si des investissements publics sont faits.

Les nouveaux projets dans leur phase de développement ont représenté un investissement énorme à l’échelle du PIB et ont employé beaucoup de monde. Durant leur exploitation, elles contribueront à l’augmenter significativement. Les infrastructures créées, quand elles ne sont pas privatives peuvent profiter à l’économie et à la population. Par contre, le nombre d’emplois directs créés est dérisoire, notamment au regard du secteur informel, et ces emplois restent principalement peu qualifiés. 2700 emplois sont prévus à Ambatovy, qui nécessite pourtant un traitement important du minerai, et 600 à Fort-Dauphin. Et comme tout ces minerais sont destinés à l’exportation, le développement de ce secteur n’aura vraisemblablement pas beaucoup d’effet d’entrainement sur le reste de l’économie malgache.


 

carte du potentiel minier de Madagascar
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2.2. Le secteur minier à Madagascar
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